Mont-Dragon

Robert Margerit, Mont-Dragon, La Table Ronde, « La Petite Vermillon », 2006.

Une œuvre

L’œuvre et le territoire

Âpreté des landes, luxuriance des forêts, sauvagerie des gorges creusées par un ruisseau capricieux dans le moutonnement des collines : tel se présente à Georges Dormond le paysage limousin aux alentours d’Ambazac, où sont situés le château et le domaine de Mont-Dragon.
Homme de cheval, il doit à sa passion son métier et vient à Mont-Dragon pour y assumer les fonctions d’écuyer, c’est-à-dire diriger l’élevage exploité depuis la mort de monsieur de Boismênil par sa fille Marthe. Son attente n’est pas déçue, le magnifique étalon noir Erèbe incarne ce que peut désirer de mieux un cavalier de sa trempe. Il est remarquable dans l’exercice de sa profession, Marthe le reconnaît, bien qu’il éveille sa défiance et attise le ressentiment du palefrenier Gaston.
En l’espace d’un été, les amours et les haines se nouent et bouleversent les femmes de Mont-Dragon.

Dans une interview datant de 1954 au Figaro Littéraire, Robert Margerit raconte la naissance de son roman :

Mont-Dragon est né dans le train. J’allais de Limoges à Brive, au début de l’été. Le train filait entre deux murailles de châtaigniers, expression de luxuriance, de sensualité de la nature. À un arrêt dans la petite gare, j’aperçois ce que j’ai décrit : un cabriolet attelé au cob. C’est en rêvant à ce cabriolet que tout le reste est venu. Mais Mont-Dragon a été réécrit trois fois — comme tous mes livres et c’est un minimum — et l’une des versions, en partie, a donné naissance à Par un été torride. Je n’écris que pour le plaisir de me découvrir à moi-même des personnages. Il me faut, comme dans un reportage, savoir ce qui se passe. Cette nécessité justifie le roman à mes yeux ».

En 1950, dans son pamphlet La Littérature à l’estomac, Julien Gracq écrit : Le seul roman français qui m’ait vraiment intéressé depuis la Libération, est un roman obscur de Robert Margerit, Mont-Dragon. Cet hommage d’un des grands auteurs français du XXe siècle annonce une reconnaissance nationale pour Robert Margerit. L’année suivante, en 1951, Robert Margerit reçoit le prix Renaudot pour Le Dieu Nu au moment où le prix Goncourt est attribué à Julien Gracq, qui le refuse, pour Le Rivage des Syrtes.