Mourir dans le corps du loup Mon reflet semblait...

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup, Les Ardents Éditeurs, 2014, p. 55.

© Les Ardents éditeurs

Mon reflet semblait indépendant de mon corps et, dans le miroir, jouissait de sa propre existence, de sa matérialité, de son inébranlable carnalité. Fébrile, je me contemplai sans me reconnaître. Dix minutes plus tard, j’attrapai mes clefs au vol, sortis de chez moi et me précipitai dans la rue, au pas de course sur les trottoirs. Le froid de la ville, tranchant comme mille aiguilles, giflait mon visage ; ce qui m’aida à recouvrer tous mes esprits. J’atteignis rapidement la rue du Clocher et ses passants égarés, pressés de rentrer chez eux. Les magasins fermaient un à un, les enseignes s’éteignaient l’une après l’autre. Tandis que je me plantais droite comme un i devant la vitrine du Dévid’Art, je rencontrai, désabusée, une porte close et inhospitalière. Aussitôt, dans le verre rayé de la vitre, je vis une main surgir dans mon dos et se poser sur mon épaule, m’obligeant à faire volte-face.

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup (Mon reflet semblait...)
© Les Ardents éditeurs

L’œuvre et le territoire

Situer une partie de l’action rue du Clocher répond à une volonté de présenter Limoges sous son aspect plus populaire, historique et culturel. Ses lieux de passages et ses commerces font de Limoges une ville mouvante et énergique, mais n’atténuent pas pour autant la part d’ombre et de mystère de la cité.
La boutique rue du Clocher est le siège des premiers doutes d’Oranda. À ce moment de l’histoire, l’héroïne est confrontée à la dangerosité de son enquête officieuse.

(Aude Courty)

À propos de Mourir dans le corps du loup

Limoges, novembre 2011.

Comme tous les soirs, il referme la porte vitrée, qui claque d’un coup sec et résonne sur les pavés de la rue du Clocher. Il se retourne enfin et, après avoir jeté un coup d’œil alentour, sur les âmes passantes errant dans la rue commerçante, il allume une cigarette, en avale la fumée avant de l’expirer, volutes dessinant cette auréole trompeuse, dissimulant ses instincts bestiaux. Il avance à pas calculés, mesurés, longues foulées à la fois nonchalantes et prédatrices, course lente décourageant toute filature et à laquelle rien ne peut échapper. Je n’en perds pas une miette et mémorise chaque détail de son allure carnassière : il a un secret et je vais le trouver.

Quelques rues plus loin, le lycanthrope passe la porte d’un pub en quête du plat du jour : jeune fille prête à consommer.

Oranda Lhivièrre, jeune étudiante en littérature à Limoges, solitaire et perturbée, est entraînée malgré elle dans une troublante histoire sentimentale alors qu’une jeune femme est retrouvée assassinée sur les bords de Vienne...

À la croisée du récit fantastique et du thriller, ce roman noir est inspiré par la nuit et les mystères de ses heures sombres.

Bonus

Localisation

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