Un rugby de Duc Moi, je me tuais d’énervement

Amédée Domenech (en collaboration avec Paul Katz), Un rugby de Duc, Solar éditeur, 1971, p. 147-148.

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Moi, je me tuais d’énervement. Alors, j’ai décidé de reprendre ma place. J’étais guéri. Enfin, je le disais. [...] J’étais guéri, mais ce n’était plus le grand Domenech. J’ai pris le risque de rejouer. J’ai fait d’abord ma rentrée à Bègles puis contre Romans, à Brive. Pour un test, c’était un fameux test, non ?
Ce jour-là, je me suis défoncé. J’ai pris tous les risques, pour me justifier, pour mon retour dans l’équipe nationale. Pour démontrer aux sélectionneurs que Domenech était revenu. C’était peu avant France-Galles, qui devait se jouer le 23 mars à Collombes.
Mais plus que mon match contre Romans, c’est finalement l’opinion publique qui aura imposé mon rappel. Car certes, dans ce match, contre cette équipe chère à Robert Soro, l’inventeur du « Domenech-Papillon », j’ai fait un malheur.
Mais ce n’est pourtant pas cela qui avait été décisif. Bien sûr, la plupart des grands sélectionneurs étaient là. Le stade de Brive était plein à craquer, parce que personne n’avait voulu rater l’événement. Dans les tribunes, il y avait plus d’officiels qu’on n’en avait jamais vu. Au complet, la brochette, hé !
Ah, ceux-là, pour manger le foie gras, hein, dès qu’il y a un coup de fourchette à donner, ils sont vaillants ! Alors, quand j’ai vu la proportion que prenait ce match, j’ai décidé de sortir le grand jeu. Romans, ç’avait été l’équipe de Soro, qui l’avait formée et entraînée. Il y avait tous ces Arméniens, quoi, les Chichemian, Chetanian [...] Alors, j’ai voulu montrer que malgré l’épaule du mort, l’opération et tout le bazar, Amédée, il savait encore courir.
Comme d’habitude, on est parti à fond de train, hein, et on leur a planté trois essais comme ça, au milieu des fleurs. Vite fait. Sans un murmure ni un bruit. C’est vite arrivé. Un quart d’heure de jeu, je te prends la gonfle, et allez, au revoir Berthe. En voiture Simone et trois essais dans la valise de l’Arménie...

Amédée Domenech (en collaboration avec Paul Katz), Un rugby de Duc, Solar éditeur, 1971, p. 147-148.
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L’œuvre et le territoire

Après une blessure et son opération de l’épaule, Amédée Domenech, bien que diminué et bien conscient qu’il n’est plus tout à fait le même, cherche à tout prix à réintégrer l’équipe nationale et profite d’un match à domicile pour marquer les esprits...

En parlant d’esprit, d’ailleurs, il est évident qu’il n’en manquait pas, ayant toujours un bon mot à disposition, son esprit vif pouvant se révéler assassin (Tu découvriras la suite du match demain, en lisant La Dépêche). Ainsi, même au sortir de son opération, le Duc reste fidèle à son image d’homme truculent...

On m’a fait une greffe. Un ligament, prélevé sur un mort. Le professeur m’a expliqué ça alors que j’émergeais à peine des vapeurs de l’anesthésie. J’étais dans le cirage encore. Quand il s’est aperçu que j’ouvrais un œil, il m’a dit :
— Monsieur Domenech, tout s’est bien passé. On vous a greffé le ligament d’un mort. L’opération a parfaitement réussi.
Alors moi, un peu abasourdi :
— J’espère que vous ne l’avez pas abattu spécialement pour moi, hein ?

Amédée Domenech (en collaboration avec Paul Katz), Un rugby de Duc, Solar éditeur, 1971, p. 146.

À propos de Un rugby de Duc

Un rugby de Duc c’est l’autobiographie d’Amédée Domenech, joueur de rugby phare des années 1950-1960, marquant bien évidemment le club de Brive-la-Gaillarde mais aussi l’équipe de France où il côtoie d’autres grands joueurs tels André Boniface, Jean Prat, Pierre Albaladejo... C’est surtout sa carrière de joueur international qu’il évoque, plus particulièrement dans la mesure où les sélectionneurs lui font l’affront de ne pas le sélectionner pour sa cinquante-et-unième cape, record alors détenu par Jean Prat.

Amédée Domenech, c’était vraiment un rugbyman hors du commun, un avant de devoir et de brio, qui porta cinquante fois le maillot du XV de France avec honneur et volonté. Sur un terrain, sa personnalité rayonnait car Amédée Domenech avait tout pour lui, la classe, le courage, le panache, l’enthousiasme et, aussi, le pittoresque. Sa truculence ajoutait à sa vérité d’homme.

(extrait de la quatrième de couverture)

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