L’œuvre et le territoire

La Mission héliographique est une commande formulée le 26 juin 1851 par la Commission des monuments historiques, pilotée par Prosper Mérimée.
Le terme héliographique renvoie à l’époque à l’ensemble des procédés photographiques, à savoir des impressions à partir d’une sensibilité du support à la lumière.

Cinq photographes (Edouard Baldus, Hippolyte Bayard, Gustave Le Gray, Auguste Mestral et Henri Le Secq) sont alors chargés de réaliser un inventaire photographique de 175 monuments du patrimoine français. Ce dernier fait à cette époque l’objet d’une prise de conscience forte, dans l’optique de sa sauvegarde et sa rénovation.

Par arrêté en date de ce jour pris sur l’avis de la Commission des monuments historiques, je vous ai chargé d’une mission ayant pour but de recueillir un certain nombre d’épreuves photographiques destinées à compléter les études faites par MM. les architectes attachés au ministère de l’Intérieur, pour la restauration des édifices historiques les plus précieux. [...] M. le secrétaire de la Commission est chargé de vous désigner l’itinéraire que vous devrez suivre et les monuments d’après lesquels des épreuves devront être prises, ainsi que les conditions dans lesquelles devra être livré le travail qui vous est confié.

Lettre de commande de la Mission héliographique (Médiathèque de l’architecture et du patrimoine).

Les photographes entreprennent leur travail au mois de juillet. Baldus descend pour le Sud-Est via la Bourgogne. Bayard est chargé de la Normandie. Le Secq parcourt le Nord-Est. Le Gray et Mestral choisissent de voyager ensemble, du Val de Loire au Sud-Ouest, puis vers le Languedoc et l’Auvergne, signant entre juillet et octobre un grand nombre de clichés, seuls ou en binôme. Plusieurs régions sont délaissées.

Au prix de recherches nombreuses et fastidieuses dans plusieurs fonds d’archives, qui ont permis de retrouver de nombreuses épreuves photographiques, la Mission héliographique, bien que jamais publiée officiellement par ses commanditaires, est présentée par les spécialistes depuis la fin du XXe siècle comme une aventure scientifique et esthétique fondatrice pour l’histoire de la photographie. Portée par des photographes engagés dans la modernisation technique de leur activité mais qui sont aussi pour la plupart peintres de formation, elle rend compte tout autant d’un regard sensible indéniable sur un patrimoine souvent en péril. C’est la mission pionnière des commandes photographiques d’État du XXe siècle (Inventaire général du patrimoine culturel en 1964, Mission photographique de la DATAR en 1984), qui elles-mêmes inspirent par la suite de nombreux projets indépendants souhaitant rendre compte des évolutions sensibles du paysage français. Parmi celles-ci se trouve notamment la mission France(s) Territoire Liquide, lancée en 2011, portée par 43 photographes et ayant fait l’objet d’une publication de Jean-Christophe Bailly.