Meurtres en Limousin volume 9 : Le Souffle de la mandragore Marval arriva...

Franck Linol, Le Souffle de la mandragore, La Geste, 2017, p. 175-176.

© La Geste

Marval arriva sur le terrain des yourtes. Il était aux environs de 15 heures.
C’était la première fois qu’il découvrait le site.
Un village de petits chapiteaux avec des couleurs chatoyantes. Un léger serpentin de fumée s’échappait du sommet des habitats en toile, offrant une atmosphère rassurante. La quiétude du lieu provenait de cette harmonie tout en rondeur qui semblait embrasser le ciel.
Immobile, Marval regardait. Il retrouvait la sensation rare qu’on éprouve sur une grève où les vagues, le vent, l’horizon infini vous enjoignent de faire oeuvre d’humilité. Et puis ce calme majestueux, cette douceur qui vous enveloppe tel un cocon généreux. Ici la nature donnait l’impression que la vie pouvait atteindre une puissance sidérante.

Franck Linol, Le Souffle de la mandragore (Marval arriva...)
© La Geste

L’œuvre et le territoire

Le conflit entre le maire et les habitants des yourtes de Bussière-Boffy a fait couler beaucoup d’encre. Après des années de harcèlement judiciaire, les habitants des yourtes ont fini par démonter leurs habitations et quitter la commune en 2014.

À propos de Le Souffle de la mandragore

À Bussière-Boffy, village à la limite entre la Haute-Vienne et la Charente, où s’est tenue récemment une polémique autour de yourtes, une jeune fille disparait. Son corps est retrouvé sur la butte de Frochet, ravivant ainsi la légende de la mandragore.

Au temps des sorciers et des loups-garous, à l’époque des bêtes fabuleuses, dans un archaïque et très lointain moyen âge, un dragon épouvantable régnait sur des lieues de pays, dans notre contrée aujourd’hui paisible. Son repaire était les collines de Bussière-Boffy, une formidable citadelle de rochers bruts, du haut desquels le monstre tenait sous son regard les bourgs et les villages [...] La bête était une mandragore hideuse, au corps visqueux de reptile, à la queue enroulée en énormes anneaux. Ses larges pattes griffues s’accrochaient aux rocs, sa gueule baveuse avait des crocs sanguinaires, et quand le monstre bâillait d’ennui sur le granit rugueux de son belvédère, les villageois épouvantés entendaient de loin claquer ses mâchoires.
[...]
Suzerain de toute la région, tenant dans son petit œil fixe tout le pays, de Villeflayou à Joncherolles et de Pouzinières à l’Espéridel, le dragon, un jour, décida de traiter avec les manants. Chaque année, quand le printemps éclate sur les collines, quand les bêtes libres s’accouplent dans les bois, une vierge tirée au sort parmi les vierges du pays, serait conduite, en habits de jeune épousée, à la forteresse de granit ; elle partagerait la couche du monstre, elle subirait ses immondes caresses, et le lendemain serait dévorée. Moyennant ce tribut annuel, la bête cesserait ses ravages, et tout le pays redeviendrait vivant, allégé de sa frayeur éternelle.
[...]
Et le sort désigna la plus belle, la plus douce d’entre les vierges, la timide Alice de Joncherolles qui venait d’avoir seize ans, et que le sire de Joncherolles, son père, avait fiancée à Guy de Saint-Quentin.
[...]
Mais Guy de Saint-Quentin chargea droit sur le dragon, et la bonne mule accrochant son sabot aux saillies du rocher, faisait feu des quatre pattes. La bête s’apprêtait à bondir pour étouffer dans ses nœuds l’imprudent cavalier, quand celui-ci, d’un coup hardi, enfonça dans la gueule du monstre sa lance fleurdelysée. [...] Affolée, vaincue, la bête traquée se jeta dans l’étang de l’Eau-Péride où elle se noya, et l’eau, instantanément, devint rouge comme du sang, perdant toute transparence.

Paule Lavergne, « La Légende de Frochet »

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