Paris-Austerlitz : 1 km 800 Ma tante Thérèse...

Daniel Soulier, Paris-Austerlitz : 1 km 800, Le bruit des autres, 2002, p. 236-237.

© Le Bruit des autres

Ma tante Thérèse habite Volondat, un village peu pittoresque à quelques kilomètres de Saint-Sulpice-Laurière.
Je me suis marié il y a deux mois, à Rivière Salée, une commune rurale de la Martinique, avec Line, une très belle femme de vingt-huit ans, noire et gaie, délurée mais très polie, agréable en société mais incapable de dissimuler le moindre ennui. Ma tante Thérèse est une nature vive et enjouée, toujours heureuse, et qui m’a toujours parue décalée parmi la flore verdouillante et faune taciturne du Nord-Limousin.
Je ne doute pas que la rencontre soit agréable, d’autant que mon épouse est séduite par le paysage vallonné et automnal. Le Limousin, fin octobre, pour peu que le soleil ait obtenu un visa d’entrée, est vraiment très beau.

Nous traversons la place centrale du village, toujours déserte. Ces villages, d’où les petits commerces d’antan ont totalement disparu, jusqu’aux buvettes qui ont fermé au fur et à mesure que la santé des habitants s’altérait au rythme biologique du vieillissement, sont devenus des mouroirs où la dernière activité, après la lecture de la rubrique nécrologique du journal local, est de se compter entre les survivants.

Et même les nouveaux morts se font rares tellement les derniers vivants sont peu nombreux. Le dernier parti fut mon oncle Marcel, il y a deux ans.

Comme dit ma tante Thérèse : « Le jour de la Toussaint au cimetière de Volondat, il y a plus de monde dessous que dessus ! »

Daniel Soulier, Paris-Austerlitz : 1 km 800 (Ma tante Thérèse...)
© Le Bruit des autres

L’œuvre et le territoire

Le narrateur, jeune marié, revient dans le village où habite sa tante accompagné de son épouse.

À propos de Paris-Austerlitz : 1 km 800

Après Orléans-les-Aubrais, l’émotion grandit. La traversée de la Beauce où il n’y a rien à voir, que du ciel, paraît sans fin ; puis la descente sur Étampes et la traversée de la gare en courbe, à une vitesse vertigineuse, font monter l’enthousiasme à son point culminant. Je suis collé à la vitre à regarder passer les pavillons de meulière, les cités HLM et les usines. Brétigny-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois, Choisy-le-Roi, la voie ferrée longe la Seine. A partir de Vitry-sur-Seine, le paysage devient essentiellement ferroviaire : ateliers, garages de locomotives, gares de triage... Au coup de frein, lorsque tout est poussé magiquement vers l’avant, mon cœur saute et ma tête explose, nous y sommes presque, chaque tour de roue me rapproche de mon rêve. Freinage, odeur de fer et puis, sur le mur du poste d’aiguillage, peint en grosses lettres soulignées d’une flèche : Paris-Austerlitz à 1 km 800 ! Doucement, ça va trop vite, on va s’écraser contre la gare, 1 km 800, à cette allure, on n’a déjà plus le temps de s’arrêter...

Le bruit des autres

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