Ma vie entre des lignes Ma propre semaine

Antoine Blondin, « Ma propre semaine » dans Ma vie entre des lignes (La Table Ronde, 1982) ; Antoine Blondin, Robert Laffont, Bouquins, 2004 [1991], p. 1165-1166.

© La Table ronde

J’ai connu un vieux sage qui disait : « Rien n’est plus beau qu’un petit bistrot dans un petit village. » Notre village est un bourg et notre bistrot un véritable bar de style américano-limousin. Sa réputation excède largement les frontières de l’arrondissement et fait la joie de quelques milieux littéraires parisiens où l’on reconnaît volontiers que je dois être le seul écrivain (prétendu tel) à avoir favorisé la transformation d’une librairie en débit de boissons. En fait, il s’agit d’une sorte de club pour toutes les classes, tous les âges, tous les amoureux du sport et tous les sportifs de l’amour : un creuset de civilisation en somme. Voilà donc sept ans, jour pour jour, qu’une de nos amies, sur l’emplacement d’un dépôt de livres-papeterie, et sur mon conseil également, inaugurait le Jadis-Bar, auquel elle avait eu la double délicatesse de donner un nom qui rappelait le titre d’un de mes livres, et mon cher Harry’s bar du 5, rue Daunou à Paris. Depuis, l’établissement a présidé aux multiples cérémonies qui jalonnent l’existence : les premiers pas des baptêmes, les dernières retrouvailles des enterrements, les haltes des cavalcades...

Aujourd’hui, on y célèbre des mariages jumelés. Demain, nous nous précipiterons sur Le Populaire du Centre, ouvert à la rubrique passionnantes des « quêtes à mariages ». Ainsi pourrons-nous apprendre que l’union de J.-M. Labitoire avec Jocelyne Veau a produit 34,50 F... tandis que celle d’Arthur Pissard et Amélie Sabouret n’atteignait que 28,75 F. Et voilà deux couples qui se chercheront des noises jusqu’à la fin de leur vie.

Antoine Blondin, Ma vie entre des lignes, (Ma propre semaine)
© La Table ronde

L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait de la chronique « Ma propre semaine » publiée dans le recueil Ma vie entre des lignes (à la suite de la plus connue « Finissez donc d’entrer »), Antoine Blondin revient sur la naissance du Jadis Bar, qu’il n’a eu de cesse de fréquenter lors de ses séjours dans sa maison de Salas, à proximité.

On pourrait l’intituler « Aux origines du mythe », tant ce lieu marque l’imaginaire de tout Limousin ou de tout amateur de cyclisme... Là, de simples haltes ou petits apéros s’y sont à maintes reprises transformés en cuites mémorables ; là, Antoine Blondin était parfois rejoint par Raymond Poulidor, qu’il avait appris à apprécier ; là, à la fin des années 80, le peloton du Tour de France était passé avec l’auteur pour spectateur...

À propos de Ma vie entre des lignes

Publié en 1982 à La Table Ronde, Ma vie entre des lignes est un recueil d’une centaine de chroniques qu’Antoine Blondin a écrites à partir de 1943 et qu’il présente ainsi :

Des personnes de bonne volonté, dont le courage s’accommode aimablement d’un peu d’absurdité charmante, ont promené leurs mains à travers des greniers de bibliothèques et des caves de journaux pour rassembler une centaine de chroniques, élues parmi les quelque deux mille articles que je m’étais appliqué à égarer depuis quarante ans.

Ces chroniques, essentiellement liées à l’actualité culturelle et à la littérature — même si certaines s’attachent à des faits ou personnalités politiques —, sont organisées en périodes (1943-1948, 1949-1955, 1956-1962, 1963-1970, 1971-Maintenant, Maintenant), chacune d’elles étant « synthétisée » en introduction par un feuillet d’Antoine Blondin.

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