Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin Limoges, la cathédrale Saint-Étienne

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin, H. Fournier (Paris), 1838, p. 85-90.

Aujourd’hui l’église la plus remarquable à tous égards, c’est la cathédrale. Commencée sur un plan grandiose au XIIe siècle, elle est restée inachevée au XVIe, époque à laquelle les travaux poursuivis avec beaucoup de lenteur s’arrêtèrent définitivement. Cette cathédrale gothique remplaçait une église plus ancienne commencée au XIe siècle, laquelle succédait elle-même à la première cathédrale bâtie, dit-on, par saint Martial, car on sait que l’histoire de toutes les églises considérables offre une suite de constructions plus ou moins complètes et toujours sur le même emplacement ; Hilduin, qui mourut en avril 1012, avait jeté les fondements de la seconde cathédrale qui ne fut dédiée qu’en 1095. Quelques portions de cet édifice subsistent encore enclavées dans la cathédrale moderne, et ce n’en sont point les moins intéressantes pour antiquaire.

Dans son état actuel, Saint-Étienne se compose d’un chœur qui paraît avoir été terminé dans le XVe siècle et d’une nef du XVIe, dont deux travées seulement attenant au transept, ont été achevées. Puis, des fondations se prolongent dans l’alignement des bas-côtés Nord de la nef, jusqu’à ce qu’elles se lient à un porche byzantin surmonté d’une tour très élevée. Là était la façade de l’église ancienne, et il en reste assez pour montrer que sa largeur était moindre que celle de la cathédrale gothique. On voit aussi qu’elle n’avait pas le même axe ; le sien passerait dans l’alignement des piliers Nord de la nef moderne. Quelques arcades ou portes en plein cintre engagées dans la clôture grossièrement maçonnée, qu’on a bâtie au XVIe siècle à l’entrée de la nef, ont peut-être appartenu au transept de l’église byzantine ou bien à des bâtiments de sa dépendance. Ce porche et ces arcades, voilà tout ce qui reste de la construction du XIe siècle.

[…] Deux têtes en bas-relief sont appliquées sur la corbeille, et séparées par une palmette ; malgré le badigeon, on reconnaît un travail assez soigné et un style qui ne manque pas d’une certaine noblesse ; je trouve même à ces têtes un caractère antique, et quelques archéologues mêmes ont cru que ce chapiteau provenait d’un édifice romain ; pour moi je ne le pense pas, et pour expliquer l’apparence singulière de ces sculptures, il suffit de se rappeler que Limoges a été une ville romaine très importante, et qu’au XIe siècle elle devait avoir conservé encore quantité de modèles antiques, pour inspirer les sculpteurs du moyen âge.

Prosper Mérimée, Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin (La cathédrale Saint-Etienne...)

L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait, l’auteur décrit la cathédrale Saint-Étienne à l’architecture gothique et rappelle les origines antiques de la ville de Limoges.

À propos de Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin

Parues en 1838, les Notes d’un voyage en Auvergne et dans le Limousin sont en fait des extraits d’un rapport adressé au ministre de l’Intérieur par Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques.

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