Lettres à sa femme. Voyage de Paris en Limousin Limoges

1663-1664

Michel Mouret, Jean de La Fontaine, Lettres à sa femme. Voyage de Paris en Limousin, Éditions Valmonde-Trédaniel, Paris, 1995, p. 88-91.

Dès que nous fûmes arrivés, mon fidèle Achate (qui pourrait-ce être que M. de Chateauneuf ?) disposa les choses pour son retour, et choisit la voie du messager à cheval, qui devait partir le lendemain. Je fus fâché de ce qu’il nous quittait si tôt ; car, en vérité, il est honnête homme, et sait débiter ce qui se passe à la Cour de fort bonne grâce ; puis il me semble qu’il ne fait pas mal son personnage dans cette relation. Désormais nous tâcherons de nous en passer, avec d’autant moins de peine qu’il ne reste à vous apprendre que ce qui concerne le lieu de notre retraite : cela mérite une lettre entière.

En attendant, si vous désirez savoir comme je m’y trouve, je vous dirai : assez bien ; et votre oncle s’y doit trouver encore mieux, vu les témoignages d’estime et de bienveillance que chacun lui rend, l’évêque principalement : c’est un prélat qui a toutes les belles qualités que vous sauriez vous imaginer ; splendide surtout, et qui tient la meilleure table du Limousin. Il vit en grand seigneur, et l’est en effet. N’allez pas vous figurer que le reste du diocèse soit malheureux et disgracié du Ciel, comme on se le figure dans nos provinces. Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France : les hommes ont de l’esprit en ce pays-là, et les femmes de la blancheur ; mais leurs coutumes, façon de vivre, occupations, compliments surtout, ne me plaisent point.

Jean de La Fontaine, Lettres à sa femme. Voyage de Paris en Limousin (Limoges)

L’œuvre et le territoire

Le Voyage de Paris en Limousin de Jean de La Fontaine s’achève à Limoges. Étonnamment, Limoges semble lui plaire. La lettre qu’il adresse à sa femme réhabilite le Limousin qui « mérite une lettre entière ». Il écrit alors qu’il se trouve assez bien à Limoges et fait l’éloge de l’évêque qui tient la meilleure table de la région. Le voyageur semble même apprécier – bien que sans excès – les limougeauds dont il dit :

Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et polis que peuple de France. Les hommes ont de l’esprit en ce pays là et les femmes de la blancheur ; mais leurs coutumes, façon de vivre, occupations, compliments surtout, ne me plaisent point.

À propos de Lettres à sa femme. Voyage de Paris en Limousin

Jean de La Fontaine est un des premiers voyageurs ayant laissé des commentaires sur le Limousin.

La Fontaine demeure quelques mois à Limoges entre septembre 1663 et janvier 1664. Le motif de son voyage est vraisemblablement à la fois privé et familial : l’exil.
Le surintendant Fouquet est arrêté et disgracié en 1661. Un dénommé Jannart, oncle de la femme de La Fontaine, fut envoyé par Colbert en exil à Limoges rejoindre Madame Fouquet qui y avait été envoyée en résidence surveillée. Fidèle à son oncle et fidèle à Fouquet, La Fontaine décida de s’exiler aussi, de son plein gré. Il n’a en effet jamais été prouvé que Jean de La Fontaine ait été puni de son amitié pour Fouquet. Et puis, cet exil volontaire lui permettait aussi de s’éloigner de sa femme avec qui les relations n’étaient pas au mieux.

La Fontaine part de Paris, en passant par Étampes, Orléans, Richelieu, Châtellerault, Poitiers, Chauvigny, Bellac et Limoges.
Le récit de cette expédition est relaté dans une série de lettres en vers et en prose adressées à sa femme, Lettres à sa femme. Voyage de Paris en Limousin. L’auteur livre ses impressions, décrivant villes et campagnes découvertes en chemin. Arrivé à Chauvigny, il décrit la ville comme celle « où commencent les mauvais chemins et l’odeur des aulx, deux propriétés qui distinguent le Limousin des autres provinces du monde ».
La première escale en Limousin est à Bellac, dont il livre un premier constat, et le voyage s’achève à Limoges. Il termine ensuite le bilan de son voyage par ces derniers mots :

Quant à mon égard,
Ce n’est pas un plaisant séjour ;
J’y trouve aux mystères d’amour,
Peu de savants, force profane,
Peu de Philis, beaucoup de Jeannes,
Peu de muscat de Saint-Mesmin,
Force boisson peu salutaire,
Beaucoup d’ail et peu de jasmin ;
Jugez si c’est là mon affaire !

Localisation

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