La Révolution volume 1 : L’Amour et le Temps Les Reilhac...

Robert Margerit, L’Amour et le Temps suivi de Les Autels de la peur, Phébus, 2010, p. 25-26.

© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

Les Reilhac, « seigneurs de Thias », étaient des bourgeois de robe. Antoine de Reilhac avait succédé à son père dans la charge de lieutenant général du roi pour la sénéchaussée, ce qui faisait de lui le premier magistrat du présidial. Âgé de trente-neuf ans, il était parfaitement simple et affable. Au printemps, il quittait avec sa famille leur hôtel de la rue Ferrerie pour passer la belle saison à la campagne.
Mounier se trouvait parmi les joueurs de cartes. Tout à coup, Lise parut, sortant de la maison avec Mlle de Reilhac, petite personne de onze ans. La douleur remua comme une bête dans la poitrine de Bernard. Il s’écarta violemment, tourna le dos à la fenêtre. Les yeux fermés, appuyé des deux mains au lit, il fut, un instant, sur le point de ne pouvoir ravaler des sanglots qui lui montaient à la gorge. Vite, l’indignation chassa cette faiblesse. Quoi ! Lise pouvait se rendre au château ! Elle était capable de supporter la compagnie, de tenir sa place, le cœur léger, d’approcher Mounier, de bavarder avec lui, de rire !... Qui sait ? peut-être y prenait-elle plaisir en songeant qu’un autre garçon, pendant ce temps, souffrait mille morts d’être dédaigné par elle !... Eh bien, il allait lui démontrer qu’elle se trompait fort si elle croyait lui avoir brisé le cœur.
[...]
Ils quittèrent le clos sans rien dire, traversèrent le village. L’odeur des fruits en tas, qui allaient servir à fabriquer le cidre, parfumait tout le hameau. Dans le désœuvrement de ce jour, les paysans étaient assis devant leurs chaumines, échangeant de lentes paroles dans leur patois. Des enfants crasseux jouaient autour du fumier. Les chiens dormaient à l’ombre. Des vaches remuaient leurs chaînes dans les étables. Sur un côté de la placette caillouteuse et sale où stagnaient des flaques de purin, le soleil frappait en plein la maison Dupré, toute blanche derrière sa grille. Son crépi neuf encore, ses encadrements de moellons bien jointoyés, son orgueilleux toit d’ardoises, ses mansardes au-dessus d’un étage, contrastaient vivement avec la pauvreté des masures rustiques écrasées sous leur chaume ou des tuiles moussues.

Robert Margerit, La Révolution. L’Amour et le Temps (Les Reilhac...)
© Luc Arrou, Marie-Paule Desmoutiers Menard

L’œuvre et le territoire

Lise vient de rompre avec Bernard et doit se marier avec Claude Mounier. Claude et Lise sont chez les Reilhac, « seigneurs de Thias », et Bernard assiste à la scène de loin, le cœur meurtri.

À propos de L’Amour et le Temps

Trois personnages se lancent dans l’existence en cet automne de 1788 — et se heurtent déjà à une réalité qui les blesse. Bernard Delmay, modeste mercier de Limoges, doit renoncer, pour de basses raisons de convenances sociales, à la jeune fille qu’il aime. Lise Dupré, promise à Bernard, se voit contrainte, pour complaire à son père, d’épouser Claude Mounier, jeune avocat ambitieux acquis aux idées nouvelles. Claude enfin, élu aux États-Généraux, gagne la capitale où bien des déconvenues l’attendent...

Le roman commence en Limousin :

En tout cas, il conviendrait encore de débuter à Limoges. C’est en province que se sont formés les futurs grands hommes de la Révolution. En vérité, un roman de cette sorte devrait peut-être commencer à Vizille puisque la toute première assemblée prérévolutionnaire se tint là. Mais la documentation me fait défaut. La seule province dont je connaisse l’histoire assez minutieusement pour pouvoir la vivre plume en main, c’est la généralité de Limoges. Cette histoire, j’ai mis vingt ans à la posséder. S’il me fallait aujourd’hui apprendre celle du Dauphiné !

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