Les Lucioles

Cheminée revêtue de carreaux de porcelaine, photographies sérigraphiées sur les plaques.
Maître d’ouvrage : ministère de l’Intérieur.

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Patrick Corillon, Les Lucioles
Photo : Meghann Bruno
© DRAC Nouvelle-Aquitaine

L’œuvre et le territoire

L’Hôtel de police de Limoges est implanté sur un ancien site d’usine de porcelaine. En 1905, Théodore Haviland doit agrandir ses locaux et améliorer ses équipements face à une concurrence de plus en plus forte. Son fils Jean rapporte de l’un de ses voyages en Allemagne les plans d’un « four à flammes renversées ». Construit en 1907, celui-ci ne fonctionnera jamais réellement, mais reste l’un des seuls éléments témoins de l’activité industrielle lors du rachat des terrains de la Fabrique par l’État en 1960. Enfouis sous le béton, le four n’avait d’apparent qu’une partie de la cheminée, qui fut l’objet du 1 % artistique.

En choisissant d’apposer une structure enveloppante à la cheminée, Patrick Corillon en permet la conservation et la mise en valeur. Les plaques en porcelaine sont décorées par des photographies sérigraphiées de mains accomplissant différents gestes.

Un lien subtil se tisse alors entre histoire passée et en cours du lieu, les mains représentées étant celles de porcelainiers et de policiers au travail. Chaque photographie est accompagnée d’une phrase manuscrite descriptive ouvrant le champ de la perception visuelle directe de l’image à celle plus mentale à laquelle font référence les mots.
Le rapport de l’art et du langage est omniprésent dans le travail de l’artiste ; il permet au public devenu lecteur de s’arrêter à l’anecdote ou bien de se laisser entraîner dans le labyrinthe de sens qui s’y cache.

Ici, l’une des plaques se démarque de l’ensemble par sa position verticale. Elle ne contient aucune image, seul un texte de fiction l’habille. On peut y lire une légende inventée par l’artiste sur les lucioles. Elles sont comme des « guides » qui viennent accompagner par leurs courses folles la gestuelle quotidienne des travailleurs. Bien qu’empreints d’une puissance poétique singulière, les textes de Patrick Corillon révèlent des paradoxes complexes mettant à mal nos convictions au profit de situations illusoires, voire absurdes. Le 1 % artistique de l’université Paul-Verlaine à Metz (2002) ou l’œuvre L’Orage à la cité scolaire d’Arsonval à Brive (1992) représentent également un travail sur l’écriture, le conte.

La forme circulaire de l’œuvre Lucioles amène le spectateur à se déplacer, à tourner autour de la sculpture s’il veut l’appréhender, la déchiffrer dans son ensemble. Le mouvement devient duel : à la fois physique et psychique. Par la lecture, le spectateur voyage entre un espace réel (l’expérience sensible) et un espace fictionnel (expérience cognitive). Patrick Corillon invente un mobilier urbain d’un genre singulier qui manifeste une mémoire, signifie des liens, ouvre l’imaginaire. C’est en véritable « marionnettiste » du langage qu’il investit le réel et nous laisse entrevoir l’invisible.

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