Les aventures d’Augustine Lourdeix Et le ciel s’embrasera Le village des Cars...

Nicolas Bouchard, Et le ciel s’embrasera, Flammarion « Noir », 2004, p. 344-346.

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Le village des Cars est construit en forme de X. Quatre routes convergent vers un point central où l’on trouve l’église. A l’est se dressent le château et les pavillons. À l’ouest, la maison Lapisse : une très belle demeure dont il reste quelques éléments remontant à la Renaissance... et enfin, au sud, en dessous des anciennes écuries du château, les jardins du XVIe siècle avec le fameux plan d’eau répertorié par le jeune Lawrence.
— Les janissaires bloquent sans doute les rues, souffla l’homme. Nous passerons par les jardins.

Après une longue progression à travers de petites parcelles de terres cultivées bordées de haies broussailleuses, ils traversèrent une nouvelle route. Là encore, en direction du bourg, ils aperçurent d’inquiétantes silhouettes armées de fusils.
— Ils sont plus nombreux, souffla la jeune femme.
— Ce n’est pas étonnant, expliqua-t-il. La route de Châlus est la plus fréquentée. Continuons.

Maintenant, ils longeaient presque le village. Entre les maisons, éclairées par des lampes tempête de marine, ils aperçurent tout un détachement de Turcs. Ils vérifiaient que les maisons restaient bien verrouillées.

En ce tout début d’année 1909, les ruines du château les Cars ne permettaient pas de deviner la splendeur et l’étendue de la bâtisse telle qu’elle avait été édifiée et prospéré du XVIe siècle jusqu’à la révolution. Cinq pavillons formaient une véritable petite ville, sans compter les communs, les fermes, les écuries, etc. Le plan d’origine était un carré, dont les côtés mesuraient quelque trente-trois mètres, bordé d’un fossé de vingt-deux pieds de largeur, mais les propriétaires successifs avaient souhaité se démarquer de ce plan rigide pour y étendre de nombreux jardins dont chacun - de Renaissance au siècle des lumières - avait gardé son caractère propre et sa splendeur. Des serres, des cours pour les écuries et les granges complétaient cet édifice la fois destiné à l’agrément d’un grand seigneur et l’entretien d’un train de vie parfois dispendieux. À la révolution, l’édifice, en l’absence de son propriétaire, comte de la Pérusse, subit de multiples avanies : émeutes populaires mais surtout vente successive à des propriétaires sans scrupule, surtout désireux d’arracher à la vieille bâtisse tout ce qu’elle comportait d’objets de valeur. Un inventaire de 1793 décrit déjà le château comme « une masure sans couverture ni plancher, fenêtre, sans aucune fermeture »... En 1908, il n’en restait guère qu’une tour trapue, ruinée, d’où émergeait une cheminée ridiculement haute par rapport au reste.

Les jardins, récupérés par des particuliers, étaient cultivés et ce qu’on appelait l’ancien canal, en fait un bassin datant du XVIIIe siècle, formant un quadrilatère d’environ 22 sur 180 mètres, servait à leur irrigation. C’est à cet endroit précis qu’Augustine retrouva une paroi semblable à celle qui l’avait empêchée d’accéder l’ambassade ottomane. Mais là, elle la vit en entier.

Remplissant presque entièrement la pièce d’eau, un cuirassé, bardé de plaques d’acier et armé de trois lourdes pièces d’artillerie, flottait là. L’engin qui arborait le croissant blanc sur fond rouge jaugeait dix à quinze mille tonnes et son étrave agressive semblait prête à défoncer la petite route qui passait à l’extrémité du bassin tandis que la machinerie grondait dans ses entrailles, prête à déclencher sa puissance.

Nicolas Bouchard, Et le ciel s’embrasera (Le village des Cars...)
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À propos de Et le ciel s’embrasera

Nicolas Bouchard a choisi le vieux Limoges des années 1900 comme toile de fond de sa trilogie policière La Ville noire, Mon ombre s’étend sur vous, Et le ciel s’embrasera, dont les événements terrifiants se passent en plein centre ville.
Avec Et le ciel s’embrasera, Nicolas Bouchard achève sa trilogie limougeaude. Les héros de ces romans, Augustine Lourdeix, institutrice à l’école du Pont Neuf et l’inspecteur Soumagnas du commissariat de la rue de Fitz-James, tentent de résoudre leurs énigmes dans cette ville agitée en ce début du XXe siècle : la rue de la Boucherie est en pleine effervescence, les révoltes ouvrières des usines de porcelaines sont violentes, les lavandières dans le quartier des Ponticauds s’activent sur les bords de Vienne...

Tandis qu’à Limoges Élie Goldenzweig, ingénieur en céramique venu d’Allemagne, entreprend un chantier titanesque pour le compte de l’Organisation juive mondiale, Augustine Lourdeix, l’institutrice, qu’il a épousée, se rend à Paris en compagnie de Rachel, la fille d’Élie qui n’accepte pas le mariage de son père avec une « goye ». Dans la foule d’un grand magasin, Rachel est enlevée. Qui sont les ravisseurs ? Pourquoi son mari lui demande-t-il de ne rien entreprendre et de ne pas prévenir la police ? Augustine, perdue dans une ville qu’elle ne connaît pas, trouvera des alliés inattendus : Elsa, une danseuse de cabaret et son cher inspecteur Soumagnas qui acceptera de sortir de sa retraite de Bussière-Galand pour reprendre du service.

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