Les Fantômes d’Oradour Le soir du 9...

Alain Lercher, Les Fantômes d’Oradour, Éditions Verdier, 2008, p. 22.

© Éditions Verdier

Le soir du 9, Kämpfe rentrait dans sa voiture décapotable à Limoges, quelques kilomètres à l’avant de ses troupes. Avec un chauffeur selon certaines sources, seul selon d’autres. Il croisa un camion des postes qui lui fit signe de s’arrêter. Une dizaine de résistants en armes le saisirent, le firent monter dans leur camion et repartirent. On a rapporté qu’il se laissa faire, et même qu’il souriait. Les maquisards roulaient à la rencontre de son bataillon. Mais quelques centaines de mètres plus loin, ils quittèrent la route sur la droite. Quand les Allemands arrivèrent au lieu de l’enlèvement, la voiture de Kämpfe était vide, il n’y avait pas de trace de lutte et le moteur tournait encore. Il ne fait guère de doute qu’il fut exécuté par les maquisards, mais on ne sait ni où ni quand. Lammerding fut informé de cette disparition à Tulle. Il ordonna qu’on recherche Kämpfe. Selon la version la plus courante, l’enlèvement fut à l’origine du massacre d’Oradour.

C’était un bourg d’environ cent trente maisons, beaucoup de granges et de remises et plusieurs édifices publics : la gare, la poste, la mairie, l’église, quatre écoles. Six rues et trois places, dont la plus grande, le champ de foire ; à peu près tous les commerces, plusieurs cafés, deux hôtels, un médecin, un pharmacien, un notaire. Au recensement de 1936, la commune avait plus de mille cinq cents habitants, dont trois cent trente seulement dans l’agglomération. Mais on estime qu’en 1944 la population du village lui-même était de l’ordre de six cent cinquante personnes. De nombreux réfugiés y étaient installés : quelques universitaires, quelques Juifs, quelques Espagnols et plusieurs familles de la Moselle. Le tramway de Limoges y arrivait. Le samedi, il venait pas mal de monde, les anciens habitants d’Oradour, ouvriers ou employés à Limoges, qu’on appelait les villauds.

Alain Lercher, Les Fantômes d’Oradour (Le soir du 9)
© Éditions Verdier

À propos de Les Fantômes d’Oradour

Le 10 juin 1944, par mesure de représailles, les Allemands massacrèrent les habitants d’Oradour-sur-Glane avant d’incendier le village. Aujourd’hui encore ses ruines étranges demeurent.
L’approche de cet événement, qui touche de près l’auteur de ce livre puisque deux membres de sa famille y ont péri, se fait selon trois modes qu’il veut successifs mais solidaires : la relation rigoureuse et historique des faits, sa vision personnelle et subjective qui nourrit une réflexion sur les enjeux de la mémoire et la réponse qu’on peut opposer à la violence et à la barbarie.

En refermant le livre, nous laisserons Alain Lercher à la solitude des lieux, arpentant par un soir d’hiver la rue principale, évoquant les fantômes, les arrachant un instant à l’oubli en même temps qu’à l’horreur.

(Éditions Verdier)

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