Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze Le plateau de Millevaches

Peinture à l’huile sur panneau isorel ; 36,9 × 45 cm.

Gaston Vuillier, Le plateau de Millevaches
Photo : Jean-François Amelot, Seilhac.
© Ville de Tulle – Musée du Cloître

L’œuvre et le territoire

Avec ce dessin, Gaston Vuillier nous présente le plateau de Millevaches, dont le sommet le plus haut, le mont Bessou, culmine à 976m d’altitude et où la Creuse, la Vienne, la Vézère et la Corrèze prennent leur source. Gaston Vuillier nous en donne ici la vision impressionnante d’une lande désertique, balayée par le vent.

Puis, çà et là des troupeaux paissaient, la dent sur l’herbe, en des pacages maigres rayés de minces canaux aux luisants d’acier. Plus haut, aux approches des sommets, sur des pentes mamelonnées, des vapeurs s’exhalaient des prés et des ruisseaux, elles flottaient en écharpes bleuâtres sur la pourpre des bruyères mortes.

[...]

A la faveur d’une éclaircie nous nous acheminons vers la vieille église du pays, humide et sombre. Puis, gravissant une colline, nous errons à travers les ruines de l’antique château de Saint-Merd. Dans les pacages, au milieu des brumes, se meuvent confusément des fantômes ; ce sont les bergers recouverts de la cape de laine blanche filée par les femmes dans les veillées d’hiver et tissées sur la plateau. La région est si froide, si venteuse, le sol si misérable, le bois si rare, que les habitants des fermes et les bergers se réunissent pour veiller dans les écuries réchauffées par le bétail.

[...]

Après cette visite au château ruiné, nous fuyons le plateau de Millevache [sic] sous un ciel bas et lourd, par un vent froid, à travers un paysage monotone fait d’une succession de mamelons dénudés couverts de bruyères mortes et d’ajoncs épineux.

[...]

Et quels drames traversent à tout instant le ciel ! Poursuites farouches, étreintes des nuées qui roulent d’un bord à l’autre de l’horizon et retombent de toutes parts déchirées, pantelantes.

À propos de Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze

Il faut attendre 1899 pour que Gaston Vuillier propose un nouveau reportage au Tour du monde consacré au Limousin, et plus particulièrement à la Corrèze qu’il a découverte en 1893 à l’occasion de « En Limousin (paysages et récits) ». Ayant été marqué par Gimel et ses cascades, il s’y installe en partie et commence à acheter des terrains mitoyens aux chutes à partir de 1898.

Avec « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », Gaston Vuillier propose une véritable enquête consacrée aux « médecines », rites et croyances locales, rendant compte par l’écrit et l’illustration (presque exclusivement des aquarelles) de ses rencontres et discussions avec différents metzes ainsi que des procédés que ceux-ci mettent en œuvre aussi bien pour guérir que pour envoûter.
Les dessins et le récit sont indissociables : le récit donne le contexte des scènes représentées, cite les lieux, les personnages, les circonstances des rencontres. Les dessins sont des compositions travaillées où les effets de clair-obscur sont mis au service de l’effet saisissant voulu.

Il convient de noter l’importance qu’accordait le fondateur de la revue Le Tour du monde, Édouard Charton, aux gravures accompagnant les reportages qu’il publiait :

Il paraîtra naturel que nos efforts tendent à donner aux gravures du Tour du monde une importance égale à celle du texte même. Si dans les œuvres poétiques ou romanesques les gravures ne sont qu’un ornement, dans les relations de voyages elles sont une nécessité. Beaucoup de choses, soit inanimées soit animées, échappent à toute description : les plus rares habiletés du style ne parviennent à en communiquer à l’esprit des lecteurs qu’un sentiment vague et fugitif. Mais que le voyageur laisse la plume, saisisse le crayon, et aussitôt, en quelques traits, il fait apparaître aux yeux la réalité elle-même qui ne s’effacera plus du souvenir.

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