L’Aiguille creuse Le père Charel...

Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, La Bibliothèque électronique du Québec, p. 214-215.

Le père Charel ne pouvait parler ? Soit. Mais on pouvait connaître du moins la foire où le bonhomme s’était rendu, et la route logique qu’il avait prise pour en revenir. Et, le long de cette route, peut-être enfin serait-il possible de trouver...

Isidore, qui d’ailleurs n’avait fréquenté la masure du père Charel qu’avec les plus grandes précautions, et de façon à ne pas donner l’éveil, Isidore décida de n’y point retourner. S’étant renseigné, il apprit que le vendredi, c’était jour de marché à Fresselines, gros bourg situé à quelques lieues, où l’on pouvait se rendre, soit par la grand’route, assez sinueuse, soit par des raccourcis.

Le vendredi, il choisit, pour y aller, la grand’route, et n’aperçut rien qui attirât son attention, aucune enceinte de hauts murs, aucune silhouette de vieux château. Il déjeuna dans une auberge de Fresselines et il se disposait à partir quand il vit arriver le père Charel qui traversait la place en poussant sa petite voiture de rémouleur. Il le suivit aussitôt de très loin.

Le bonhomme fit deux interminables stations pendant lesquelles il repassa des douzaines de couteaux. Puis enfin, il s’en alla par un chemin tout différent qui se dirigeait vers Crozant et le bourg d’Eguzon.

Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse (Le père Charel...)

L’œuvre et le territoire

Après l’enlèvement de son père, Isidore Beautrelet mène l’enquête mais se trouve vite démuni, sans indice ni piste, du côté de Châteauroux...

Il changea son quartier général, s’établissant deux jours à La Châtre, deux jours à Argenton.

Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, La Bibliothèque électronique du Québec, p. 207.

Un courrier de son père lui parvient finalement, en provenance de Cuzion : le père Charel, rémouleur de son état, a trouvé cette lettre et l’a remise au maire...

– Une lettre jetée à la poste mercredi dernier ? s’écria le maire, brave bourgeois auquel il se confia, et qui se mit à sa disposition... Écoutez, je crois que je peux vous fournir une indication précieuse... Samedi matin, un vieux rémouleur qui fait toutes les foires du département, le père Charel que j’ai croisé au bout du village, m’a demandé : « Monsieur le maire, une lettre qui n’a pas de timbre, ça part tout de même ? – Dame ! – Et ça arrive à destination ? – Parbleu, seulement il y a un supplément de taxe à payer, voilà tout. »

Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, La Bibliothèque électronique du Québec, p. 210.

Malheureusement, le père Charel a été victime de « l’empoisonnement » d’Arsène Lupin et de sa bande, le laissant inconscient quelques temps et surtout sans souvenirs des derniers événements...

À propos de L’Aiguille creuse

Publiée en feuilleton dans Je sais tout du 15 novembre 1908 au 15 mai 1909, puis en un recueil dès 1909, L’Aiguille creuse constitue l’un des volumes majeurs de la série des « Arsène Lupin ». Mélange des genres parfaitement maîtrisé, L’Aiguille creuse mêle mélodrame, roman d’aventure, roman historique, roman populaire... et donne à voir un Arsène Lupin bien loin du gentleman-cambrioleur, mais plutôt la pire des crapules, se livrant, à la tête d’une bande bien organisée, au trafic d’art, au vol de deux cadavres, à de multiples enlèvements, à des « empoisonnements »...

L’Aiguille creuse voit « s’affronter », entre Normandie, Creuse et Paris, Arsène Lupin, donc, et Isidore Beautrelet, élève de rhétorique au lycée Janson-de-Sailly. Si Arsène Lupin avait pu jusque là se jouer aisément de tous ses adversaires, allant même jusqu’à ridiculiser le fameux Herlock Sholmès, copie transparente de Sherlock Holmes, héros né sous la plume de Conan Doyle, il ne peut que difficilement se jouer de son jeune opposant, allant même jusqu’à user de menaces, enlevant son père...

Il s’agit d’un fait, d’un fait certain, indiscutable. Celui-ci : depuis dix ans, je ne me suis pas encore heurté à un adversaire de votre force ; avec Ganimard, avec Herlock Sholmès, j’ai joué comme avec des enfants. Avec vous, je suis obligé de me défendre, je dirai plus, de reculer. Oui, à l’heure présente, vous et moi, nous savons très bien que je dois me considérer comme le vaincu. Isidore Beautrelet l’emporte sur Arsène Lupin. Mes plans sont bouleversés. Ce que j’ai tâché de laisser dans l’ombre, vous l’avez mis en pleine lumière. Vous me gênez, vous me barrez le chemin. Eh bien ! j’en ai assez...

Maurice Leblanc, L’Aiguille creuse, La Bibliothèque électronique du Québec, p. 160.

C’est cet enlèvement et par conséquent la recherche de son père qui conduit le jeune Isidore Beautrelet dans le Bas-Berry et la Creuse.

Crozant et Fresselines apparaissent dans les chapitres V et VI de L’Aiguille creuse, exactement au centre du roman. Le lycéen-détective Isidore Beautrelet, à la recherche de son père enlevé par Lupin, a quitté Paris pour l’Indre, passe par Châteauroux, La Châtre et Argenton, et, au bout de sa quête, atteint la Creuse. Son déguisement en peintre anglais, probablement un bon moyen de passer inaperçu dans la région, est révélateur de la notoriété de celle-ci comme site « pleinairiste » à l’époque. Ce personnage de peintre anglais n’est pas sans faire penser à Wynford Dewhurst qui a peint aussi bien en Normandie vers Dieppe qu’à Crozant de 1895 à 1910.

Christian Dussot

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