Le Mycologue et le Caïman

Pierre Christin, Jean Vern, Le Mycologue et le Caïman, Dargaud, 1989, p. 35-39.

© Pierre Christin / Droits réservés
Pierre Christin, Jean Vern, Le Mycologue et le Caïman, Dargaud, 1989, p. 35
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L’œuvre et le territoire

Sous le titre « obscur » Le Mycologue et le Caïman – que les spécialistes du jargon normalien peuvent plus aisément saisir – Pierre Christin et Jean Vern, pour leur quatrième collaboration, nous emmènent dans les pas de Lévine, la quarantaine – tardive ? – élégante, agent des services secrets français, choisi pour une mission dont il ignore tout mais pour laquelle il bénéficie d’importants frais de mission qui lui permettent d’imaginer, pour changer, des étapes gastronomiques (comme un « running gag » - référence au Tour de Gaule d’Astérix).

Après un premier contact à Paris, Lévine se rend au Havre, à Lille, au camp de la Courtine, à Lausanne en Suisse, à Aix-en-Provence, ultime étape avant le dénouement de son enquête en banlieue parisienne, là même où l’histoire a commencé.
À chaque étape de son enquête, Lévine rencontre un scientifique, d’un certain âge et dont il semble connaître plus ou moins les travaux ou tout du moins son nom et sa renommée.
À La Courtine cependant, Lévine rencontre un militaire qui lui permet de saisir les enjeux de son enquête mais de nombreuses zones d’ombre subsistent, du fait du cloisonnement de ce réseau, vieux de 45 ans et constitué d’anciens élèves de la promotion 1943 de l’École normale supérieure, engagés dans la Résistance puis « compagnons de route ».

Le Mycologue et le Caïman permet à Christin et à Vern, à la veille de la chute du Mur de Berlin et de l’effondrement de l’URSS, d’évoquer notamment la fin des idéaux communistes, parfaitement illustrée par l’« éloignement » du communisme des scientifiques rencontrés par Lévine, l’aveuglement de certains compagnons de route, ainsi que le danger d’une science au service du développement d’armes, notamment bactériologiques.

Notons enfin que ce même thème de l’espion « ignorant » de sa mission et la construction progressive du récit seront repris par Pierre Christin accompagné au dessin par André Juillard dans Le Long Voyage de Léna (Dargaud, 2006).

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