Quelle que soit la minute du jour Le Matin à Sornac

2008-2010

Huile sur toile, 27 × 35 cm.

© ADAGP, Paris, 2018.
Olivier Masmonteil, « Quelle que soit la minute du jour » : Le Matin à Sornac
Photo
© Courtesy Galerie Dukan

L’œuvre et le territoire

Lors d’une promenade en Corrèze, tu m’as dit très joliment que la peinture était pour toi une forme de « gourmandise ». Nous marchions alors près d’un étang et je me souviens que tu regardais, tout en parlant, le reflet des prairies et des forêts environnantes venant se fondre en un seul tableau. Tu m’as confié un peu plus loin que tu cherchais, en peignant, à être au plus près de l’enfant que tu avais été naguère.

Emmanuel Lurin

À propos de Quelle que soit la minute du jour

En 2008-2009, après avoir peint de nombreux petits formats de lieux, de paysages déjà connus, foulés, vécus et photographiés, Olivier Masmonteil se lance alors dans un tour du monde avec l’objectif, en quelque sorte, de peindre le monde, en mille toiles.

Son projet d’en épuiser le genre ne vise pas à le vider de sa substance mais au contraire à en brosser l’éloge. À l’embrasser dans toute la richesse de ses variations tout en sachant parfaitement qu’il s’agit là d’un pari impossible. Le mode sériel qu’il a adopté dans la réalisation de cette entreprise et l’objectif d’un millier de tableaux qu’il s’est donné soulignent, si nécessaire, la rigueur de pensée avec laquelle il a abordé celle-ci sans rien perdre de la dimension empirique de sa démarche.

Philippe Piguet

Ces propos de Philippe Piguet font écho à ce qu’Emmanuel Lurin écrivait au peintre dans une lettre datée du 2 juin 2008 :

Du chercheur, tu as à la fois les qualités et l’ambition : curiosité, patience, abnégation, esprit de méthode et souci de perfection. Tu es un solitaire, Olivier, qui n’a pas peur de travailler dans l’isolement et la longue durée.

Emmanuel Lurin

De petit format — 27 × 35 cm —, les mille tableaux de Masmonteil s’offrent à voir comme une collection d’images radieuses — « une collection d’aubes, de crépuscules, de déserts, de glaciers ou de montagnes » écrit l’artiste. Ce sont autant d’éclats du monde dont il ne s’agit pas d’identifier chaque fois l’origine mais qui nous sont offerts à voir dans leur étendue pour prendre la mesure de ce grand tout qu’est l’univers. De ce qui nous fait et nous enveloppe. De ce à quoi nous appartenons dans cette façon d’« être paysage ». Intitulé « Quelle que soit la minute du jour », cet ensemble unique en son genre qui tient du journal intime permet au peintre de marquer son territoire.
« À la manière d’un entomologiste, Olivier Masmonteil cherche à renouer avec le mythe des grands voyageurs et des grands explorateurs », note Anne Malherbe. De fait, l’accrochage à touche-touche de ses tableaux relève d’une façon d’inventaire et d’anthologie qui doit tant à Borges qu’à Internet. Le caractère profus de cette série, le soin de numérotation de chacune des images peintes, leur nomenclature et leur correspondant photographique soigneusement rangé dans des classeurs participent à en accentuer la référence. S’il y va là d’un soin de catalogage, Masmonteil réclame en revanche que l’accrochage soit fait de façon aléatoire, simplement réglé en fonction ici et là des dominantes chromatiques et de leurs valeurs. Peintre absolument, peu lui chaut la restitution d’une quelconque part de réalité ou de chronologie. L’ensemble offert au regard des spectateurs n’a d’autre fin que d’exprimer la dimension duelle du paysage, à savoir son intemporalité et son universalité.

Philippe Piguet
https://vimeo.com/224367517

Localisation

Également dans Quelle que soit la minute du jour