Le Livre des loups-garous

Lou libre daus loubs-garous

Ei mieg de las quatre chariéras,
A miejo nueit in plin hiver
Rasbegit las treis tchanabiéras
Veguet lou diable Lucifer,
Bei sa couà virad’in trompeto.
Soun frount cournard, saus peds fourchuts,
Sa gordjo coupado in serpeto,
Soun naz, soun gamatchou croutchut,
Sous eils beilavoun l’espouvanto,
Auguessaz dit dous tchandialous
Credavo d’uno vouatz’ stounanto,
Quau vaut la pé daus Loubs-garous.

M’escoundet d’arriei la muralho,
Sasit de pauc tout trémoulan ;
Quan de sa vouatz de bassotalho
Credet : « Apreimo te pelau. »
Ei mieg de las quatre tcharieras
Me fais landar treis peir’en l’er
Pueis bambouenet de la predgieiras,
Oun dizio treis cops : Lucifer
Soudis : « ieu ven’a toun appel,
Car Dieu te laisso malurous,
Djuro me de m’estre fidèle,
Séras un de maus Loubs-garous. »
(...)

François Grabié, Lo libre daus lops-garons

L’œuvre et le territoire

À quatre cent mètres environ de la ville d’Ussel, près de l’angle nord du cimetière, deux chemins se croisent à angle droit. Ce lieu qu’on nomme les « Quatre Charrières » a une tradition légendaire. Dans le pays, au temps où les sorcières se rendaient au sabbat, juchées sur des manches à balai, on aurait donné un gros à un paisible habitant de la bonne ville d’Ussel pour le décider à passer au milieu des « Quatre Charrières », lorsque sonnait minuit.
C’est qu’à cette heure et à cet endroit, une forme humaine jetait trois pierres en l’air ; le diable apparaissait aussitôt et un pacte était conclu entre l’ange des ténèbres et l’habitant de la terre. Le premier disparaissait dans un nuage de fumée et de souffre, le second qui avait subitement revêtu la forme d’un monstre horrible, s’élançait droit devant lui avec un hurlement sinistre ; malheur à qui rencontrerait le loup garou ! La Contrée, désolée par les ravages de cette bête infernale, que les balles des plus hardis et des meilleurs tireurs ne pouvaient atteindre, eut un jour l’idée de charger un huissier de signifier à Satan qu’il eût à rester dans son ombre empire où certes l’occupation ne devait pas lui manquer.
On trouva à Ussel ce courageux citoyen, il se rendit gravement à minuit au lieu indiqué, jeta les trois pierres en l’air et le diable aussitôt apparut ; il lui remit l’acte, bien et dûment libellé ; on dit même qu’il était enregistré.
O pouvoir magique du papier timbré ! l’esprit du mal craignant probablement un procès, s’exécuta aussitôt et de loup garou, on n’entendit plus parler.

(Le Livre des loups-garous)

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