Le Volcan Le grand-père Adolphe

© Balland

Le grand-père Adolphe n’était pas aussi radical dans ses adjonctions de fumures ; il est vrai que la maison était loin et qu’il devait se contenter des collectes d’une pauvre cabane de jardin agrippée à la roche et dangereusement inclinée vers le vide. Cette construction vouée à l’abîme produisait une sensation d’éphémère ou de provisoire négligé. Ici, la parenthèse méditative, lorsqu’on occupait d’extrême urgence les lieux, se réduisait à quelque conception bâclée des finalités de l’existence. Pourtant la cabane tint bon et résista à la déclaration de guerre, au passage des Panzers, des SS, au bombardement anglais, à la proximité du train à vapeur qui prenait à quelques mètres un audacieux virage derrière le jardin, juste avant le tunnel, ou après lui, selon qu’il en sortait ou y pénétrait. Ce train noir, nerveux, cheval à roues comme on l’a dit tant de fois, transformait sur son passage l’échelle colorée du paysage, la rabattait vers celle des valeurs, la mettait alors au blanc et noir comme dans un vieux film, d’autant que la vapeur blanche effaçait d’un mouvement circulaire le paysage lui-même.

Henri Cueco, Le Volcan (Le grand-père Adolphe...)
© Balland

L’œuvre et le territoire

Il se peut que notre géolocalisation, pourtant située sur l’ancien tracé d’une voie de chemin de fer transformée aujourd’hui en sentier pédestre, soit à l’exacte opposé de l’emplacement de la maison du grand-père Adolphe...

À propos de Le Volcan

Avec Le Volcan, Henri Cueco livre un récit « autobiographique » — si l’on peut dire... — construit autour du motif des lieux d’aisance qu’il a a connus tout au long de sa vie, du seau en fer de l’enfance, posé à même le sol d’une remise obscure, au réceptacle en faïence émergeant d’étendues carrelées des maisons modernes, des technologies japonaises aux cabanes de fond de jardin en période de sécheresse...
L’occasion, non sans ironie, d’évoquer sa naissance à l’art contemporain ou de se lâcher sur ce qu’il perçoit de la politique...

La cour se recouvrait d’une couche sédimentaire, lentement, posément, comme si c’eût été feuilleté de la meilleure manière par un maître pâtissier, nonobstant sa pestilence. [...] Nous étions heureux du spectacle, pourtant un peu frustrant, mais qui nous initiait, sans que nous le sussions, à l’époque, aux mystères de l’art contemporain dont les œuvres, souvent, engagent le désir sans le combler, bousculent les habitudes sans compenser les manques qu’elles provoquent.

Henri Cueco, Le Volcan,Balland, 1998, p. 75.

C’est ce principe des fosses septiques qui s’applique à la politique dans nos démocraties confrontée à des poussées de mécontentement susceptibles, si on les comprime trop, de produire des éruptions sociales. L’art de gouverner est ainsi le plus souvent un art d’évacuer les tensions et dans le meilleur des cas un art d’éviter la formation de bouchons de rétention trop hermétiques qui finissent par se libérer en explosant. C’est ce que nous a enseigné très jeune, par l’exemple, notre fosse septique.

Henri Cueco, Le Volcan,Balland, 1998, p. 65.

Localisation

Également dans Le Volcan