Le Docteur Herbeau

Jules Sandeau, Le Docteur Herbeau, G. Charpentier, 1882 (disponible sur Gallica).

4 œuvres

L’œuvre et le territoire

Saint-Léonard, années 1820. Le docteur Herbeau pratique la médecine dans cette petite ville du Limousin qui semble n’avoir jamais connu autre docteur. Esprit fin, éclairé, le docteur se prend d’amour pour l’une de ses patientes, la jeune Louise, mariée au rustre mais riche Riquemont, « châtelain » des environs. Cette passion, que Louise ne perçoit pas, trouvant dans le docteur un chaleureux ami, une présence paternelle, mais finalement perçue par M. Riquemont, l’amènera à sa perte, alors même qu’un jeune diplômé en médecine de la Faculté de Paris vient de s’installer à Saint-Léonard. À cela s’ajoute la cruelle désillusion d’un fils, Célestin, parti sur ses traces à la faculté de Médecine de Montpellier ; son retour sera bien cruel et aura tout, littéralement, de celui du fils prodigue.

Jules Sandeau, profite de ce « portrait », pour égratigner la petitesse des habitants des petites villes de province, où règnent les ragots, le dénigrement et les mesquines jalousies...

Une quinzaine d’années après la publication du Docteur Herbeau, Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, dans une de ses Lettres sur le Limousin, s’il ne peut que louer la qualité du roman de Jules Sandeau, ne manque pas de notifier à son « maître » sa grande déception de n’avoir croisé ni ce bon docteur, ni Louise, sa charmante patiente, de n’avoir rien retrouvé des lieux de cette intrigue...

[...] Jules Sandeau a publié, il y a quelques années déjà, son meilleur roman, Le Docteur Herbeau. Il a placé à Saint-Léonard le lieu où se déroule ce drame intime qui touche à bien des replis cachés du cœur et qui effleure l’une des plaies vives de notre société factice. J’ai voulu voir les lieux décrits dans son livre, visiter la maison du docteur (petite), mais à l’intérieur élégant et habilement disposé. Il est vrai, dit l’auteur, que les cheminées fumaient ; qu’il fallait passer par la cuisine pour arriver à la salle à manger, que le tapis étaient proscrits, le carreau glacé ; qu’on y gelait en hiver, on y grillait en été... C’était d’ailleurs un véritable bijou. Je voulais parcourir le vieux castel de Riquemont, dont la girouette fleurdelisée criait au vent sur la tringle rouillée, dont l’écusson seigneurial se cachait humblement sous des touffes de pariétaires. Je voulais voir le docteur, Louise, cette jeune femme incomprise et gracieuse ; le robuste hobereau, son aveugle mari et même Colette, cette jument émérite, dont le pied lent et sûr parcourait chaque jour les sentiers des montagnes pour conduire son maître au chevet des malades. Et voilà que nul à Saint-Léonard n’a connu le docteur Herbeau, et tout me fait craindre que Sandeau, s’il est venu dans le Berry, n’a pas poussé jusqu’au Limousin.

Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, Lettres sur le Limousin, Les Ardents Éditeurs, 2013, p. 68-69.