Le Cyclope, Hommage à Georges Guingouin

Peinture sur panneaux de bois, 530 × 500 cm.
Collection : Commune d’Eymoutiers.

© ADAGP, Paris, 2018.
Paul Rebeyrolle, Le Cyclope, Hommage à Georges Guingouin
Photo : Michel Nguyen.
© Michel Nguyen

L’œuvre et le territoire

La toile Le Cyclope est un hommage à son ami Georges Guingouin, grande figure de la Résistance, dans laquelle on retrouve le goût de Rebeyrolle pour la révolte, le refus de se soumettre.

Ainsi, pour Jean-Jacques Fouché, dans Georges Guingouin, Chemin de résistances (Lucien Souny, 2003) :

La transgression de l’ordre refusé est toute entière dans ce piétinement et ce qui peut le suivre. Car le géant ne va pas manquer de balayer « tout ça » d’un coup de pied latéral. Voyez la plante du pied, il a le pied droit pour cela. Guenilles et oripeaux habillés des membres devenus squelettes, ils vont être renvoyés dans la nuit. Comme un chasseur expose ses trophées à même le sol, le géant présente les dépouilles des vaincus. Il va les renvoyer dans l’obscur, la couleur noire de la partie droite, en bas. Il est vainqueur.

Les trophées glorifient le chasseur, ils disent son habileté, son sens de la chasse. Le chasseur n’a qu’un œil ! Celui qui vise, ne ferme t-il pas un œil pour mieux atteindre sa cible ? C’est un cyclope dont l’œil noir, unique et énorme, hors normes, et dans l’axe de la diagonale, entre le soleil et le pied ! Un cyclope qui nous entraîne dans les plus anciens mythes, ceux de la force au service des dieux.

[...]

On sait que l’homme, soldat blessé, se leva d’un lit d’hôpital pour refuser la défaite et l’obscurité qu’elle allait inévitablement projeter sur la France alors vaincue. Entrer en résistance c’est effectivement d’abord se lever, vouloir vivre debout. Mais le résistant, entrant dans l’illégalité, doit dissimuler son engagement et souvent se cacher, clandestin de passage dans des maisons obscures ou s’installer dans les bois. Et puis il agit, organise la lutte, en le faisant voir et savoir, sort de terre pour montrer sa face et donc sa force. [...]

Et cet homme va devenir la foudre.

Il va aussi devenir une légende pour ses proches qui l’admirent comme pour des adversaires qui le haïront longtemps, et qui, pour certains, le haïssent encore. L’homme Guingouin a tenu bon, aussi est-il, à sa manière, un titan. Il est devenu un mythe, héros d’un grand récit exemplaire d’une nouvelle origine. Avant le moment de grâce où, à la Libération, la multitude reconnut le résistant, il lui aura fallu vivre la sortie du trou. Rebeyrolle peint ce moment décisif.

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