Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze Le château de Favars

Dessin à la pierre noire et aquarelle sur papier vélin ; 37,5 × 45 cm.

Gaston Vuillier, Le château de Favars
Photo : Jean-François Amelot, Seilhac.
© Ville de Tulle – Musée du Cloître

L’œuvre et le territoire

... J’avais quitté les froides hauteurs de la Corrèze où le vent soufflait l’hiver, j’avais revu Tulle et j’étais arrivé à Favars. Là je retrouvais l’automne avec des rayons tièdes encore et des fleurs. Cette journée restera comme un charme dans mon souvenir. Et d’ailleurs la compagnie aimable dans laquelle je me trouvais ajoutait un attrait aux jolies choses du chemin, au gracieux pittoresque de Favars, dont les maisons blanches scintillent au milieu de grands arbres, dans un vallon d’où surgissent les tours crénelées de l’antique manoir de Mme Aubryon. Favars a sa fontaine sacrée et ses sorcières qu’on va consulter pour connaître la source à laquelle on aura recours pour la guérison des malades, et surtout pour les enfants atteints de la « naudze ». Naudze, en patois limousin, me semble désigner l’état de langueur, quelle qu’en soit la cause, le cas d’un enfant, par exemple, qui ne peut plus « ni vivre ni mourir », comme disent les commères.

[...]

Grâce à la bonne intervention de Mme L..., femme aussi élevée par son intelligence que par son cœur, je consultai moi-même la sorcière et je la vis opérer. Cette sorcière, Mariette Doronis, habite une chaumière dans un bois voisin de Favars. [...] Mme L... lui explique le but de ma visite : un enfant malade pour lequel je désire connaître la fontaine sainte à laquelle je dois le conduire. Elle ravive le feu, dans lequel elle place quelques morceaux de charbon de bois de fusain ou de peuplier cueillis selon certains rites et avant l’aube, la nuit de la Saint-Jean, et remplit d’eau un vase réservé à ce genre de consultation.

Et tandis que les charbons s’allument, elle se met en prière devant le foyer. Elle invoque les saints. Puis, un a un, elle prend avec ses doigts les morceaux incandescents et les projette vivement dans l’eau qui siffle et bouillonne, en leur donnant à chacun, au fur et à mesure, le nom du saint qui préside à une fontaine sacrée. Le vase est placé sur ses genoux, un léger mouvement qu’elle lui imprime agite l’eau. La Doronis murmure toujours des prières, et, tandis que certains de ces charbons tombent au fond du vase, deux d’entre eux restent à la surface. Ceux-là vont indiquer les deux pèlerinages différents auxquels il faudra se rendre pour immerger l’enfant, si c’est une fontaine à immersion, ou le laver si elle est destinée aux ablutions.

Telle est la consultation de la braise.

À propos de Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze

Il faut attendre 1899 pour que Gaston Vuillier propose un nouveau reportage au Tour du monde consacré au Limousin, et plus particulièrement à la Corrèze qu’il a découverte en 1893 à l’occasion de « En Limousin (paysages et récits) ». Ayant été marqué par Gimel et ses cascades, il s’y installe en partie et commence à acheter des terrains mitoyens aux chutes à partir de 1898.

Avec « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », Gaston Vuillier propose une véritable enquête consacrée aux « médecines », rites et croyances locales, rendant compte par l’écrit et l’illustration (presque exclusivement des aquarelles) de ses rencontres et discussions avec différents metzes ainsi que des procédés que ceux-ci mettent en œuvre aussi bien pour guérir que pour envoûter.
Les dessins et le récit sont indissociables : le récit donne le contexte des scènes représentées, cite les lieux, les personnages, les circonstances des rencontres. Les dessins sont des compositions travaillées où les effets de clair-obscur sont mis au service de l’effet saisissant voulu.

Il convient de noter l’importance qu’accordait le fondateur de la revue Le Tour du monde, Édouard Charton, aux gravures accompagnant les reportages qu’il publiait :

Il paraîtra naturel que nos efforts tendent à donner aux gravures du Tour du monde une importance égale à celle du texte même. Si dans les œuvres poétiques ou romanesques les gravures ne sont qu’un ornement, dans les relations de voyages elles sont une nécessité. Beaucoup de choses, soit inanimées soit animées, échappent à toute description : les plus rares habiletés du style ne parviennent à en communiquer à l’esprit des lecteurs qu’un sentiment vague et fugitif. Mais que le voyageur laisse la plume, saisisse le crayon, et aussitôt, en quelques traits, il fait apparaître aux yeux la réalité elle-même qui ne s’effacera plus du souvenir.

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