Le Bureau de l’homme noir

Extrait du film Le Bureau de l’homme noir de Pierre Coulibeuf, 1993 ; avec Michelangelo Pistoletto, Jean-François Chevrier et Maria Pioppi ; produit par Chantal Delanoë / Regards Productions. Durée : 20 minutes.

© Regards Productions
https://vimeo.com/99925109
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L’œuvre et le territoire

Le personnage de l’homme noir, figure détachée des premiers autoportraits de Pistoletto, est le rôle joué par l’artiste quand, libéré par ses œuvres, il administre les images du passé, les images de la mémoire.
Présence troublante, l’homme noir hante le film comme l’ombre du passé qui se mêle au présent — inspirant un univers déréglé, trompeur, où toute chose est sans cesse dédoublée, redoublée. L’homme noir, c’est « le versant sombre », dit l’un des personnages du film, c’est l’expression obscure de l’homme qui surgit du fond lumineux du tableau réfléchissant.

Le Segno Arte qui accompagne l’homme noir dès le début du film est la ponctuation d’un voyage. Il invite au mouvement, au déplacement. C’est un lieu de passage pour tous les devenirs...

Le film ouvre un espace mental, imaginaire, une perspective oblique entre les arts plastiques et le cinéma ; autrement dit, il crée un lieu d’expérimentation à la frontière des deux disciplines. Par sa structure formelle même, le film simule la dynamique particulière, rétro-prospective, qui anime et transforme l’univers de Pistoletto.

Le monde est mensonge, disait Nietzsche. De ce point de vue, seuls les mensonges de l’art sont créateurs de vérité. L’artiste est donc « faussaire ». C’est ainsi qu’il invente de nouvelles possibilités de vie.
La mise en scène parodique du Bureau de l’homme noir — la reprise du rôle au cinéma par l’artiste lui-même [...] — constitue un nouveau mensonge, un nouveau simulacre ; celui, ici, du cinéaste qui interprète de cette manière la vision du monde qui l’habite — le monde paradoxal, instable, déroutant — suscité par les inventions de Pistoletto.
Pistoletto contraint le cinéaste à inventer la réalité : à produire une nouvelle version de la fable.

(Pierre Coulibeuf)

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