Les Fantômes d’Oradour Le 7 juin...

Alain Lercher, Les Fantômes d’Oradour, Éditions Verdier, 2008, p. 15-16 et p. 18-19.

© Éditions Verdier

Le 7 juin à cinq heure du matin, les maquisards F.T.P attaquèrent Tulle. Dès la première journée, ils occupèrent la plus grande partie de la ville. Les allemands s’étaient réfugiés dans l’école normale de jeunes filles, la manufacture d’armes et une école attenante. Le combat repris le lendemain matin pour les déloger. Ceux de l’école normale sortirent avec un drapeau blanc, vers quatre heures de l’après-midi. Ils étaient une quarantaine. Le reste de la garnison tenait toujours la manufacture d’armes et l’école. On les laissa tranquilles.

Un autre officier, le major Kowatsch, s’occupa de la remise en ordre de la ville. Trois mille Tullois environ furent arrêtés pour vérification d’identité. Ils attendaient dans la cour de la manufacture.

Dans la cour de la manufacture, un membre de la Gestapo dénommé Walter, qui avait été assiégé les jours précédents, se promenait parmi les trois mille hommes arrêtés, tentant de reconnaître des maquisards. Il était rhénan, catholique, et parlait couramment français. Il constitua le groupe des cent vingt condamnés.

Dans les rues avoisinantes, on avait fixé des cordes aux lampadaires et aux balcons. Ils devaient assister à la pendaison de leurs concitoyens.

Le préfet fit des objections au rejet des cadavres dans la rivière. On les emporta à une décharge publique, hors de la ville, sur la route de Brive.

Alain Lercher, Les Fantômes d’Oradour (Le 7 juin...)
© Éditions Verdier

L’œuvre et le territoire

Alain Lercher revient sur le massacre de Tulle, tragédie moins connue que celle d’Oradour-sur-Glane mais tout aussi représentative de la barbarie nazie, qui a eu lieu le 9 juin 1944, soit quelques jours après le débarquement en Normandie, en représailles envers les activistes de la Résistance.

À propos de Les Fantômes d’Oradour

Le 10 juin 1944, par mesure de représailles, les Allemands massacrèrent les habitants d’Oradour-sur-Glane avant d’incendier le village. Aujourd’hui encore ses ruines étranges demeurent.
L’approche de cet événement, qui touche de près l’auteur de ce livre puisque deux membres de sa famille y ont péri, se fait selon trois modes qu’il veut successifs mais solidaires : la relation rigoureuse et historique des faits, sa vision personnelle et subjective qui nourrit une réflexion sur les enjeux de la mémoire et la réponse qu’on peut opposer à la violence et à la barbarie.

En refermant le livre, nous laisserons Alain Lercher à la solitude des lieux, arpentant par un soir d’hiver la rue principale, évoquant les fantômes, les arrachant un instant à l’oubli en même temps qu’à l’horreur.

(Éditions Verdier)

Localisation

Également dans Les Fantômes d’Oradour