La Modiste du puits Saint-Antoine Le 4 décembre...

Michel Blondonnet, La Modiste du puits Saint-Antoine, Albin Michel, 2015, p. 36-38.

© Albin Michel

Le 4 décembre, comme chaque année, on fêta sainte Barbe, la patronne des mineurs, qui les protège des coups de grisou. Dans tout le bassin, d’Ahun à Fourneaux, en passant par Le Moutier, Saint-Martial, Saint-Médard — et même Issoudun et Chamberaud —, toutes les écoles étaient fermées, afin que chacun pût suivre la procession de la statue de la sainte dans les rues de Lavaveix, à l’issue de la grand-messe, à laquelle étaient conviés la trentaine de musiciens de l’Espérance, la fanfare locale. Le père de Gaétan y côtoyait celui de Marthe : l’un jouait de la trompette, l’autre du cornet à pistons. Gaétan en portait fièrement la bannière, frappée de lettres dorées, brodées sur un fond de velours rouge, le tout rehaussé de trois étoiles placées en plein champ, pointe en haut, en triangle. Le velours était encadré de galons, eux-mêmes dorés.
L’église en brique ne put contenir tout le monde, car le bassin houiller employait environ mille six cents mineurs. Comme chaque famille était représentée par trois, quatre, voire cinq membres, ce furent assurément plus de cinq mille personnes qui suivirent la messe de l’extérieur. Tous les desservants des paroisses voisines étaient là.
La famille Bussière au grand complet avait également fait le déplacement. Alice, la sœur de Marthe, était descendue du village de Villemeaux pour l’occasion. Léon, son mari, avait voulu l’en dissuader, mais elle lui avait dit qu’elle n’avait jamais raté une seule procession.
Marthe était accompagnée d’Angèle et Berthe, ses plus proches voisines. Les trois jeunes filles étaient du même âge. Elle avaient grandi ensemble à Chanteloube. Angèle et Berthe travaillaient à la briqueterie que la Compagnie des Houillères venait de construire, pour compenser la diminution de la production de charbon qui commençait à se faire sentir, vu la concurrence féroce de la houille anglaise et belge — et aussi de celle du Nord de la France —, de meilleure qualité.
Des écoles jusqu’à la route d’Aubusson, la foule était impressionnante. Une marée de casquettes et de chapeaux ondulaient sur des centaines de mètres. Les écoliers étaient aux premiers rangs.
Lorsque les porteurs sortirent de l’église avec le brancard de sainte Barbe, les cloches se mirent à sonner à toute volée. Prêtres et enfants de chœur apparurent à leur tour sur le parvis. L’air frais était embué de toutes ces respirations qui s’entremêlaient.
Le personnel de direction des Houillères emboîta le pas des ecclésiastiques et la procession s’ébranla dans un concert de cuivres, dirigés par le chef de l’Espérance.

Michel Blondonnet, La Modiste du puits Saint-Antoine (Le 4 décembre...)
© Albin Michel

L’œuvre et le territoire

Martyre catholique du IIIe siècle, Barbe est la sainte patronne des mineurs, honorée à l’occasion de fêtes associant l’ensemble de la société minière, des ouvriers aux patrons. La procession constitue un des points forts de la fête locale, censée cristalliser la révérence des mineurs, de leur hiérarchie et de tous les habitants à l’égard de leur protectrice.

À propos de La Modiste du puits Saint-Antoine

L’intrigue du roman débute à l’automne 1893 à Lavaveix, au cœur du petit bassin minier d’Ahun, en Creuse, et dépeint la vie de la famille Bussière. Marthe, la plus jeune des filles, est « modiste », préposée au triage du charbon au puits Saint-Antoine, tout comme sa mère Alphonsine. Bonne élève et passionnée de littérature, Marthe rêve à d’autres horizons mais les moyens de sa famille ne lui ont pas permis de donner suite à ces prétentions. La bourgade et le carreau de mine de Lavaveix, les berges de la Creuse demeurent le cadre de son quotidien.

Le destin de la jeune modiste est bouleversé quand sa tante, Clarisse, employée au cabaret du Moulin Rouge, lui propose de découvrir la vie parisienne. Quittant sa terre natale, Marthe s’introduit vite dans les cercles mondains et artistiques du Tout-Paris, aux perspectives autrement plus affriolantes. Mais la nostalgie de la mine est obsédante ; la jeune fille demeure tiraillée entre les lumières de la capitale et les paysages de son enfance creusoise...

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