Oradour-sur-Glane : Notre village assassiné Le 15 de chaque mois...

André Desourteaux et Robert Hébras, Oradour-sur-Glane : notre village assassiné, Les Chemins de la Mémoire, 2003, p. 51.

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Le 15 de chaque mois, c’était la foire, la seule activité économique qui attirât à Oradour une foule de personnes étrangères au bourg. Très tôt le matin, les fermiers des environs arrivaient à pied avec leur cortège bruyant d’animaux à négocier. Le Champ de Foire était réservé aux bovins qui apparaissaient les uns après les autres dans la lumière blafarde de l’aube. Durant la vente, les bêtes étaient attachées à des barres métalliques. Les marchands d’ovins et de porcins se retrouvaient sur la petite place devant l’église. Ces rassemblements hauts en couleurs et en éclats de voix représentaient pour beaucoup la seule occasion de sortir des fermes. Les enfants n’avaient pas classe ce jour-là et, le plus souvent, ceux des hameaux accompagnaient leurs parents. Il y avait aussi tous les forains. Les marchandises les plus diverses se côtoyaient, composant des étals bigarrés. Les négociations et les conversations allaient bon train entre fermiers et maquignons qui, l’affaire conclue, topaient, selon la coutume. L’acquéreur tirait alors de sa poche une paire de ciseaux pour porter sa marque sur le pelage de l’animal. Les acheteurs étaient vêtus de la traditionnelle blouse trois-quart, coiffés d’un chapeau jeté à l’arrière. Un léger gonflement sur la poitrine trahissait la place du portefeuille. Selon une règle que tous respectaient, le maquignon était tenu de payer le jour-même.

André Désourteaux, Robert Hébras, Oradour-sur-Glane : Notre village assassiné (Le 15 de chaque mois...)
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À propos de Oradour-sur-Glane : Notre village assassiné

Pour les milliers de visiteurs qui découvrent ses ruines, Oradour-sur-Glane restera l’image figée de la mort, de l’horreur absolue des guerres, quand l’homme s’abandonne sans remords à la sauvagerie de sa haine.
Pour Robert Hébras et André Desourteaux, qui ont perdu dans ce drame quasiment tous les leurs, Oradour-sur-Glane veut malgré tout rester le village vivant de leur enfance et de leur adolescence.
Dans ces pages, Robert Hébras, rescapé du massacre, retrouve les visages familiers, les souvenirs les plus intimes, les soucis de chaque jour et les fêtes d’un temps perdu à jamais, et retrace, heure par heure, minute par minute, cette journée du 10 juin 1944 qui a fait basculer dans l’éternité tragique ce paisible village limousin.
Tous deux essaient de comprendre, enfin, ce qui s’est passé, et le pourquoi de ces 644 victimes dont les bourreaux ne furent jamais punis.

(Les Chemins de la Mémoire)

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