La Violence du printemps

Marie-Noëlle Agniau, « La Violence du printemps », dans la revue Contre-Allées, 2003.

© Marie-Noëlle Agniau

Ainsi je vais te rejoindre nous avons rendez-vous le texte est là qui m’attend etc. (...) Je vais te rejoindre peu m’importe le texte nous avons rendez-vous je suis en retard je fais vite cours un peu — piéton rouge tant pis je passe vite je vais te rejoindre pour aller plus vite moi je passe à travers le printemps je me regarde dans la glace je veux être belle je me regarde je m’approche plus près encore je détaille je veux être plus jolie je passe je suis en retard mais je regarde écharpes chaussures vitrines bijoux or lingeries dentelle miroir je me regarde je passe coup d’œil rapide je me vois toute pâle quand même tant pis je veux être belle je passe escaliers parfums fioles diverses accessoires beauté miroirs parfums encens chaussettes collants maquillages rouge à lèvres parfums fard paupière je sors chaleur je sors froid agitation escaliers encore immenses et plats larges au dehors place manège les escaliers nous obligent à faire des drôles de pas des pas de lenteur des pas de ralenti des pas fragiles presque de vieillard donc je passe je fais des pas de lenteur — un à un je monte cris j’entends des cris des cris de violence je monte les escaliers encore plus haut c’est en haut que cela se passe j’entends des cris des cris de violence c’est en haut du printemps de l’autre côté du côté de la sortie l’autre sortie du printemps j’entends des cris j’arrive je passe j’entends des cris agitation des hurlements le cri des hommes je suis en retard je vais te rejoindre nous avons rendez-vous je fais vite je fais au mieux je veux voir ne pas voir j’ai peur je passe vite donc le cri des hommes ils sont deux hurlements insultes les gens s’arrêtent puis les gens passent les gens finissent toujours par passer moi aussi je passe je suis en retard je vais te rejoindre nous avons rendez-vous — ils sont deux insultes allez viens viens viens injure ta mère fils ô fils ô allez viens viens ici ta mère je jusqu’au bout c’est l’insulte c’est l’injure en question ta mère je jusqu’au bout fils ô allez viens viens (...) t’as pas le viens viens fils ô l’autre type monte et descend les escaliers l’autre est retenu par je ne sais qui les deux hommes sont prêts à se cogner barre de fer l’autre court il revient court plus vite l’autre mec l’appelle fils ô allez viens ta mère je jusqu’au bout barre de fer donc je dirais violence je dirais violence absolue je veux dire ils sont prêts à se cogner à mort moi je passe je regarde je fais vite manège place escaliers oui je passe l’autre mec crie quelque chose il marche vite crache par terre là-bas l’autre est retenu on le retient il crie oui je l’entends très bien mais ici le mec crache par terre il marche vite il cherche quelque chose il s’arrête je marche je fais vite je suis dedans je vais te rejoindre nous avons rendez-vous je le vois il marche et s’arrête crache par terre de l’autre côté de la rue le mec s’arrête tombe sur quelque chose une camionnette de jardiniers municipaux une grande branche il la prend la casse repart vite il y retourne l’autre mec est rentré oui je l’ai vu dans le printemps mais l’autre n’est pas là moi je passe je viens de passer je marche un peu plus vite voilà je ne vois plus rien je n’entends plus rien plus aucun cri plus aucun cri. Même de la voix
C’est fini.

Marie-Nöelle Agniau, « La Violence du printemps »
© Marie-Noëlle Agniau

L’œuvre et le territoire

« La Violence du printemps » est un texte vif évoquant la violence urbaine au cœur de Limoges, sur la place de la République.

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