La vallée des Peintres, entre Berry et Limousin

Introduction

L’histoire de la vallée des Peintres est liée à celle de la peinture de paysage ; elle en est un épisode marquant, affirmant et démocratisant la pratique de la peinture en plein air. À partir de 1816, année où le prix de Rome consacre un concours au paysage historique, le genre du paysage — qui ne devrait même pas exister selon un critique de l’époque — connaît un véritable essor sous l’impulsion de son porte-parole, Pierre-Henri de Valenciennes ; dès lors, tout au long du XIXe siècle, la peinture de paysage connaît un réel engouement. Si les premiers envois au Salon présentent des vues longuement réfléchies en atelier, une nouvelle démarche paysagiste voit le jour : la peinture en plein air sur le motif.

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Christophe Rameix : la peinture en plein air
Enregistrement réalisé en 2010.
© Centre régional du livre en Limousin

Camille Corot

Camille Corot est l’un des premiers artistes à se livrer à cette pratique de la peinture en plein air. Il en essuie les premières critiques ; ses envois sont qualifiés d’ébauches, de pochades, et sont perçus comme inachevés. La critique lui reconnaît de belles études mais lui reproche de ne pas savoir interpréter la nature comme Nicolas Poussin.

Après avoir été l’un des piliers de l’École de Barbizon — village en bordure de la forêt de Fontainebleau, premier lieu de villégiature des pleinairistes —, Camille Corot découvre le Limousin vers 1847-1848.
L’histoire veut que ce soit le capitaine Faulte du Puyparlier, voyant la composition de ses paysages, qui l’invite à découvrir les environs de Limoges, son pays natal. Le peintre effectue alors son premier séjour en Limousin hébergé par la famille du capitaine ; les abords de la Vienne et de la Glane semblent lui plaire : il passe ses journées à peindre sur le motif.
Par la suite, tous les étés, Camille Corot vient passer deux mois en Limousin, où il est hébergé tantôt chez le porcelainier Jules Lacroix à Landouge, tantôt à Saint-Martin-Terressus chez Amédée Alluaud.

Camille Corot y produit beaucoup et offre de nombreux tableaux à ses divers hôtes en guise de remerciement. Peu de ces tableaux « limousins » sont aujourd’hui localisés.

L’École de 1830

En Limousin, l’histoire du plein air débute avec les frères Jules et Victor Dupré qui viennent peindre sur le motif aux alentours de Coussac-Bonneval avant de s’intéresser aux environs du hameau du Fay, près d’Argenton-sur-Creuse, dans l’Indre.
C’est en 1835 qu’est présenté au public le premier tableau creusois des mains de Jules Dupré. C’est dans cette période de transition, où le plein air a encore du mal à s’affirmer, que le Limousin connaît ses premiers envois au Salon sous l’impulsion d’un petit groupe de pleinairistes baptisés École de 1830.

George Sand

La vallée de la Creuse voit se développer une école de paysagistes grâce à la combinaison de plusieurs facteurs, notamment techniques : ainsi, l’invention des tubes de peintures permet à l’artiste de travailler plus facilement à l’extérieur ; le développement du réseau ferroviaire place la Creuse à portée de Paris.
Surtout, la vallée de la Creuse peut compter sur George Sand, sa véritable ambassadrice. À sa découverte de la Creuse en 1827, George Sand la compare à une petite Suisse, évoquant dans sa correspondance les bords escarpés et romantiques de la Creuse, [les] sauvages montagnes de Crozant et [les] ruines chancelantes du château (Anthony Perrot [1]).

La Creuse, pour George Sand, c’est également Boussac et ses environs où elle situe l’action de Jeanne (1844), montrant tout l’intérêt qu’elle porte aux tapisseries de la Dame à la licorne, aux Pierres jaumâtres et aux vestiges de Toulx-Sainte-Croix. C’est également à Boussac qu’elle trouve refuge quelques temps pendant la guerre de 1870, fuyant Nohant, craignant l’épidémie qui y sévit et la guerre, fuite dont elle fait le récit dans son Journal d’un voyageur pendant la guerre.

En 1845, George Sand publie son roman feuilleton Le Péché de monsieur Antoine, dont l’action se situe le long de cette vallée, de Gargilesse à Crozant. C’est dès cette même année qu’elle invite ses amis, dont Eugène Delacroix, à découvrir cette « petite Suisse », organisant même par la suite des excursions, à l’image de celle dont elle rend compte dans son Courrier de village (1857, repris ensuite dans ses Promenades autour d’un village).

Ainsi, dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreux artistes viennent s’essayer à cette vallée, riche, variée, aux couleurs changeantes et s’accordent avec George Sand pour reconnaître que la Creuse est une destination de choix.

Le site de Crozant leur convenait par la profondeur de son ciel, par cette impression de chatoiement des bruyères et des genêts en fleur vibrant sous le soleil ; par le moutonnement, sur les rochers roux, des eaux chantantes dont la traîne immense se panache d’évanescents gris perle et turquoise...

(Jean Gernioux [1])

À l’époque la végétation et les arbres n’occupent qu’une faible place dans le paysage. La Creuse est parsemées de roches qui laissent s’épanouir toute une végétation et son panel de couleurs, aujourd’hui disparues.

Sur les flancs escarpés, les rocailles dressent leurs arêtes où s’accroche tout un jardin suspendu : genêts en fleurs, bouquets d’aubépine, fleurs de toutes formes et de toutes teintes qui éclatent sur un fond vermiculeux [sic]. Partout, des éboulis de pierre, des blocs épars ravis à l’homme constructeur et retournant à la terre. Partout le règne de la pierre. Le sol, les pentes et les eaux en sont jonchés. Tout cela fait figure d’image, de symbole d’un monde imaginaire géant et guerrier à la fois. [...] En aval des ruines de Crozant, une petite montagne si proche de la Creuse, qu’elle semble en barrer le cours, le Puy-Baron, séduit intensément de regard. Une tunique mauve l’enserre à certains jours en plein été. Sous la caresse féerique des derniers feux du couchant, les bruyères pourpres se marbrent de tâches diaprées qui meurent et renaissent sans cesse. Les gammes du granit étincellent, prodiguant d’éclats nouveaux leur cachette de fleurs. Sur le sommet, la gaze lumineuse et rosée flotte légère, pareille à une indécise vapeur s’échappant d’un cratère.

(Jean Gernioux [1])

La vallée des Peintres à son apogée

Après avoir attiré de grands maîtres tels que Léon Detroy, la Creuse connaît son « heure de gloire » en 1889 avec l’arrivée de Claude Monet à Fresselines, qui fait de la Creuse un haut lieu de l’impressionnisme. Lui succède ensuite Armand Guillaumin qui abandonne Damiette et la région parisienne pour s’installer à Crozant. Cet engouement pour la Creuse et ses paysages perdure durant toute la première moitié du XXe siècle : des artistes de tous horizons rejoignent Guillaumin, et, qu’ils soient impressionnistes, expressionnistes, fauves, cubistes ou pointillistes, tous se mettent en quête de leur propre vallée de la Creuse.

Cette longue aventure creusoise connaît son apogée peu après la première guerre mondiale, avant de décliner précipitamment, le paysage de la vallée étant noyé par la mise en eau du barrage d’Éguzon en 1926.
Cette période voit le paysage creusois largement représenté à Paris. Musées et galeries consacrent désormais de véritables expositions à la région et à ses artistes, et ce sous la direction du plus légitime des Limousins, Eugène Alluaud. Le paysage limousin s’exporte désormais au-delà de ses frontières.

Gargilesse

George Sand délaisse ses terres de Nohant pour quelques séjours à Gargilesse à partir de juin 1857. Cette même année, elle publie son Courrier de village (par la suite intégré à ses Promenades autour d’un village), récit d’une excursion qu’elle réalise avec deux amis dans ce petit village berrichon et ses alentours.

Il faut arriver là au soleil couchant : chaque chose à son heure pour être belle.

Les descriptions que livre George Sand attirent vite les pleinairistes qui viennent alors en quête d’une lande de bruyère, d’un coucher de soleil, ou d’une bruine matinale. Quelques ateliers se vident et la vallée de la Creuse se voit fleurie de chevalets, au milieu des moutons et des pâturages.

En quelques années la rumeur s’amplifie. L’affluence des peintres réveille les villages endormis. Les hôteliers s’activent, les places et les cafés s’animent. On boit l’absinthe sous les frondaisons. Tôt le matin, sur les coteaux, des tâches blanches, bleues, vertes, éclosent au milieu des bruyères : les grands parapluies de toile qui déjà n’effraient plus le braconnier furtif. À la belle saison, entre Gargilesse et Crozant, il est certain de rencontrer un peintre appliqué sur son ouvrage. On vient de loin peindre sur le motif sa prochaine médaille au Salon parisien.

(Christophe Rameix [1])

Léon Detroy

Léon Detroy est l’un de ces peintres séduits par la vallée de la Creuse, attirés par les descriptions qu’en fait la Dame de Nohant. Il s’installe à Gargilesse en 1887, sans se douter qu’il restera 67 ans au cœur de la vallée, vivant tour à tour à Gargilesse, Crozant et Fresselines. À son arrivée, il rencontre le poète Maurice Rollinat, installé à Fresselines, qui lui fait rencontrer Claude Monet lorsque celui-ci vient en 1889.

S’il peint d’abord à la manière des impressionnistes, Léon Detroy s’en démarque rapidement. Il enrichit sa peinture par les nouvelles découvertes postimpressionnistes, plus fauves.

Plutôt que de logiquement choisir l’une ou l’autre manière, il les cumule pour créer la sienne. [...] Les plus belles réussites de Léon Detroy, paysages ou natures mortes, doivent aussi leur puissance à sa technique audacieuse. L’utilisation de couleurs violentes, dans un mélange détonant de touches divisées et d’aplats monochromes donne à sa peinture son originalité ou, plus justement, sa singularité.

(Christophe Rameix [1])

Un peu en aval de Gargilesse se situe le moulin du Pin, motif à partir duquel Léon Detroy exprime librement sa peinture, s’y détachant de l’impressionnisme, optant pour une facture plus moderne, plus personnelle.

Les Österlind

Originaire de Stockholm, Allan Österlind s’installe en Creuse à partir de 1886. Après une formation aux Beaux-Arts de Paris, où il a vent des charmes de la Creuse, il s’établit au village de Lépaud en compagnie de deux de ses compatriotes scandinaves : Ernst Josephson et Christian Skredsvig.

En Creuse, Allan Österlind recherche l’authenticité d’un paysage encore peu exploité, s’intéresse au monde rural.

Lorsque Josephson et Skredsvig quittent la Creuse pour d’autres horizons, la famille Österlind, désormais agrandie du petit Anders, déménage pour Gargilesse. Là, le peintre se lie rapidement d’amitié avec le poète Maurice Rollinat, installé à Fresselines, et dont il fait le portrait.

Anders Österlind suit les traces de son père tout en apportant sa part de modernité aux paysages de la vallée, se livrant à un expressionnisme particulier, influencé par les peintres de sa génération tels Maurice de Vlaminck, Othon Friesz ou encore Paul Cézanne. Ses toiles sont longuement brossées et ses cadrages abolissent désormais toute perspective.

Fresselines

Maurice Rollinat

Malade, désenchanté, abandonné et meurtri par un Paris ingrat, Maurice Rollinat se réfugie à Fresselines en 1883, dans une petite maison nommée La Pouge, accompagné de sa nouvelle compagne Cécile de Gournay.
Les Névroses, publiées cette même année, ont fait pâlir le monde parisien. Usant de symbolisme, crachant la mort et la luxure à la face de l’homme, Rollinat fait fureur.
Ainsi, dès la première édition chez Charpentier en 1883, apparaît sur la page de titre une épigraphe des plus provocatrices, deux versets de la Bible (Job, XVII, 14) :

Putredini dixi : Pater meus es ;
mater mea et soror mea, vermibus.
 
(Je dis à la pourriture : « C’est toi qui es mon père. »
Et aux vers : « ma mère et ma sœur. »)

Il s’adresse aux nerfs. Son public se sent blessé. On le juge. Les critiques affluent, aussi acerbes et injustes qu’elles soient, et pour le rabaisser on le qualifie de mauvaise copie de Baudelaire. Malheureusement, sa retraite dans sa région natale ne calme pas les reproches et ne fait qu’envenimer les choses : on le dit fuir devant ses responsabilités, on le voit comme un capricieux n’acceptant pas les mauvaises critiques.

Malgré cette retraite, Maurice Rollinat reste en contact avec le monde de l’art, recevant dans sa maison de La Pouge ses amis artistes, parisiens comme limousins, faisant de Fresselines un lieu et une étape incontournable de tout séjour creusois.

C’est ainsi que l’ami Geffroy installe Monet à Fresselines en 1889, que l’ami Detroy s’attache définitivement à la région, que l’ami Maillaud trouve des encouragements chaleureux à ses débuts, que l’ami Alluaud est conforté dans ses choix artistiques et que bien d’autres amis encore, écrivains, musiciens, photographes... découvriront et feront découvrir à leur tour, la secrète vallée de la Creuse, le beau pays des peintres et du poète meurtri.

(Christophe Rameix [1])

Maurice Rollinat s’éteint le le 26 octobre 1903. L’un de ses amis, Armand Dayot, inspecteur général des beaux-arts, souhaite que le village de Fresselines conserve une trace du poète. Il demande à Auguste Rodin de faire un buste en hommage à leur ami commun ; sans modèle, le sculpteur opte pour un bas-relief davantage symbolique, inséré dans le mur extérieur de l’église du village.

Souvenir de la Creuse

Tandis qu’au soleil lourd la campagne d’automne
Filait inertement son rêve de stupeur,
Nous traversions la brande aride et monotone
Où le merle envahi du spleen enveloppeur
Avait un vol furtif et tremblotant de peur.
Nous longions un pacage, un taillis, une vigne ;
Puis au fond du ravin que la ronce égratigne
Apparaissait la Creuse aux abords malaisés :
Alors tu t’asseyais, et j’apprêtais ma ligne,
A l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.

Lorsque j’avais trouvé dans l’onde qui moutonne,
Près d’un rocher garni d’écume et de vapeur,
L’endroit où le goujon folâtre et se cantonne,
Je fouettais le courant de mon fil agrippeur,
Et bientôt le poisson mordait l’appât trompeur.
Toi, sous un châtaignier majestueux et digne,
Aux coincoins du canard qui nageait comme un cygne,
Rêveuse, tu croquais des sites apaisés ;
Et je venais te voir quand tu me faisais signe,
A l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.

Par des escarpements que le lierre festonne,
Un meunier s’en allait sur son baudet grimpeur ;
Des roulements pareils à ceux d’un ciel qui tonne
S’ébauchaient ; le pivert au bec dur et frappeur
Poussait un cri pointu dans l’air plein de torpeur.
Et nous, sans redouter la vipère maligne,
Avec des mots d’amour que le regard souligne,
Ayant pour seuls témoins les lézards irisés,
Nous causions tendrement sur la mousse bénigne,
A l’ombre des coteaux rocailleux et boisés.

Maurice Rollinat, Les Névroses (Souvenir de la Creuse)

La Mousse

La mousse aime le caillou dur,
La tour que la foudre électrise,
Le tronc noueux comme un fémur
Et le roc qui se gargarise
Au torrent du ravin obscur.

Elle est noire sur le vieux mur,
Aux rameaux du chêne elle est grise,
Et verte au bord du ruisseau pur,
La mousse.

Le matin, au temps du blé mûr,
Ce joli végétal qui frise
Souffle un parfum terreux qui grise ;
Il boit les larmes de l’azur,
Et le papillon vibre sur
La mousse.

Maurice Rollinat, Les Névroses (La Mousse)

Claude Monet

En 1889, Maurice Rollinat invite Claude Monet à Fresselines, où le peintre séjourne de mars à mai. Le peintre fait alors des rives des deux Creuse et surtout de leur confluent son exigeant lieu de travail. Monet doit faire preuve de beaucoup de patience, les conditions climatiques rendant les eaux de la Creuse et de la Petite Creuse profondément irrégulières, tantôt hautes, tantôt basses, et rendant leurs couleurs inconstantes, tantôt claires, tantôt boueuses...
Au cours de son séjour, Claude Monet produit plus d’une vingtaine de toiles abouties et introduit les premières séries impressionnistes.
Ainsi, s’il s’intéresse à de multiples motifs, tels le pont et le moulin de Vervy, le village de La Roche-Blond sur la rive opposée de la Creuse... Claude Monet s’attache particulièrement au confluent des deux Creuse, pris dix fois dans le même cadrage mais à des instants différents. Ce sont ces variations aléatoires, dues aux changements climatiques et aux moments du jour qui façonnent une série.

Comme tous les grands artistes, il écarte le cadrage commun et choisit un lieu exempt de poncifs ou de réalités pittoresques. Rien, tel un arbre, un moulin, une barque, un passant... ne vient donner l’échelle des proportions. Le peintre se prive également de l’appui d’un premier plan et de la Creuse, ne retient qu’un bloc de roches, une partie de rivière et un morceau de coteau. Réussir dans ces conditions, à fixer sur la toile la “nature de ce pays”, confine à l’exploit. C’est effectivement ce que recherche Claude Monet. Et à force de concision, grâce à un œil capable de saisir l’indicible, Monet élimine le superfétatoire et extrait l’essence de la Creuse.

(Christophe Rameix [1])

Plus d’un siècle plus tard, c’est au tour de Jean-François Demeure de se confronter à l’instantanéité du paysage creusois. L’artiste marche sur les pas de Claude Monet afin de le comprendre et de nous livrer, à travers un film et un livre, les impressions du maître face à un tel paysage, déceptions comme victoires.

Fernand Maillaud

Durant l’été 1895, Fresselines reçoit un nouveau venu en la personne de Fernand Maillaud. Suite à ce séjour, le peintre, originaire de Mouhet dans l’Indre, fréquente régulièrement la vallée des Peintres et y fait la connaissance de Maurice Rollinat et de son groupe d’amis, dont Allan Österlind et Gustave Geffroy.

Fernand Maillaud pourrait être surnommé « le peintre paysan » ou « le peintre des humbles » tant il est le peintre du labour, des travaux des champs. De la Creuse, il ne retient que le rustique, le monde rural, qu’il représente dans toute sa sincérité.

Son œuvre, puisée aux sources du pays de son enfance, est une chronique du monde rural, sincère et authentique, à l’opposé heureux des paysans d’opérette de Bastien-Lepage ou de Rosa Bonheur.

(Christophe Rameix [1])

C’est ainsi qu’on lui doit un petit groupe de femmes, toutes vêtues de noir, qui se pressent devant le parvis de l’église de Fresselines. Des campagnes environnantes, Fernand Maillaud rapporte les travaux des champs comme le faisait Millet. Sa touche est épaisse et ses empâtements mettent en exergue l’authenticité d’une terre labourée ou d’une vache au pelage épais.

Son vrai domaine, c’est celui de la notation spontanée, de l’émotion fulgurante, de la réalité sur le vif. A l’exception des dernières années de sa vie, où il travaillait surtout de mémoire à l’atelier, Fernand Maillaud a été à peu près exclusivement un peintre de plein air. Pendant trente ans j’ai pu voir ce fougueux amant de la campagne française suivre infatigablement, dix heures par jour, le mouvement des hommes et des troupeaux, le jeu renouvelé de la lumière, se jetant, selon l’expression de Gabriel Nigond, sur la nature avec l’emportement du chien vers la proie et rapportant chaque soir, comme un beau gibier, ces croquis et ces études incomparables, encore chaudes, vibrantes et comme saignantes de vérité.

(Raymond Christauflour [2])