La Gartempe La rivière...

Jean Blanzat, La Gartempe, Gallimard, 1957, p. 177-178.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

La rivière changea, s’anémia, devint un autre être, plus lent, plus faible, avec quelque chose de maladif, de sournois et d’inquiétant. La longue nappe lisse, en avant de l’écluse, n’arrivait plus au ras de la prairie, mais elle portait toujours l’image du ciel et la figure renversée des arbres. On pouvait y voir, de loin en loin, un oiseau traverser lentement un étrange chemin de feuilles, de flaques de ciel et d’eau. L’élan du courant par la brèche de l’écluse semblait celui d’une bête moins forte et moins vive.

Un peu plus bas, le spectacle prit un aspect inattendu et mystérieux. Là et sur plusieurs centaines de mètres, les coulées d’eau, ayant gardé l’élan de la chute, arrivent dans une course concurrente, glissante, sinueuse, frémissante de colère, parsemée de flocons d’écume. Au moment où elles tentent de s’aplanir et de se fondre, un énorme rocher les ranime. Les clapotis, les râles, les murmures, les bruits ricanants donnent au spectacle une grande intensité sonore, à l’ombre des arbres hauts et serrés où se glissent de longues coulées de lumière. C’est l’épisode le plus frais de l’eau courante, près du Moulin.

Jean Blanzat, La Gartempe (La rivière...)
© Éditions Gallimard
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L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait, Jean Blanzat fait la description presque fantastique du mouvement de l’eau de la Gartempe au niveau de l’écluse.

À propos de La Gartempe

Mathilde et son mari ont été laissés par la guerre et l’exode dans un village au cœur de la campagne limousine. Ils y restent, à la fois séduits et enlisés. Un autre « replié », Ludovic, vit non loin d’eux, et comme eux il se perd dans cette solitude terrienne qui ramène sans cesse l’âme à son angoisse.
Épris d’une jeune paysanne inaccessible, Ludovic tente inconsciemment de transporter l’amour vrai dans l’amour faux. Il cède à l’attirance sensuelle de Mathilde. Celle-ci aime son mari. Pourtant, elle s’abandonne, poussée par une inquiétude sensuelle qu’exaspère le sentiment de la mort partout présente ici, dans la luxuriance de l’été comme dans la stérilité de l’hiver. L’impitoyable vérité de la nature contraint les amants à reconnaître leur mensonge.
[...]
Cette durée, cette autre vie qui emporte la nôtre en lui restant indifférente, une rivière — réelle — la personnifie : La Gartempe, où tout se reflète et se mesure à l’éternité.

(Gallimard)

Localisation

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