La Grande Sauvagerie

Christophe Pradeau, La Grande Sauvagerie, Éditions Verdier, 2009.

2 œuvres

L’œuvre et le territoire

La Grande Sauvagerie est le second roman de Christophe Pradeau pour lequel il a obtenu en 2010 le Prix Lavinal Printemps des lecteurs et le Prix Thyde-Monnier de la Société des gens de lettres.

La Grande Sauvagerie, c’est le nom que les coureurs de bois du Canada français ont donné à ce qui s’est appelé, en d’autres temps et d’autres lieux, The Wild : l’espace inviolé, le blanc sur la carte. L’expression s’est perdue et ne parle plus guère à personne.
La Grande Sauvagerie, c’est aussi un lieu-dit, un rocher qui domine un coin de la campagne limousine. Les guides touristiques le signalent à l’attention pour sa lanterne des morts, une simple tour de granit, sans grâce.
Les habitants du pays ont oublié depuis longtemps qu’un feu y brûlait jadis, qui guidait les voyageurs dans la nuit.

(Éditions Verdier)

Thérèse Gandalonie, personnage principal de ce roman, a grandi à Saint-Léonard, à l’ombre de la lanterne des morts. Puis, devenue adulte, elle s’en est allée. Elle voyage, enseigne et parcourt le monde. Elle a traversé l’océan. C’est dans une bibliothèque américaine qu’elle est à nouveau confrontée à sa terre natale, en découvrant le journal inédit de Jean-François Rameau, un peintre d’ex-voto qui a vécu à Montréal, cousin à la mode de Bretagne du Grand Rameau. Elle a compris en le lisant que les deux Grandes Sauvageries renvoyaient l’une à l’autre. Les descendants dudit Jean-François se trouvent être les Lambert qui possèdent La Grande Sauvagerie, le domaine coupé du bourg de Saint-Léonard par une faille. Thérèse plonge donc dans l’épopée des frères Lambert. Elle nous livre par petites touches son village et sa quête. Elle déchiffre une histoire oubliée de tous, infusée dans le paysage. « C’est sa voix que nous entendons, une voix rocailleuse traversée par le vol des lucioles. »

L’appréhension touristique du monde est l’un des enjeux de La Grande Sauvagerie. L’auteur se sert du « paysage comme déclencheur ». Saint-Léonard, dans le roman de Christophe Pradeau, est un village limousin générique, dont le modèle principal s’inspire de la découverte de l’auteur du panorama sur la campagne limousine depuis le village de Saint-Robert mais qui emprunte également certaines de ses caractéristiques à d’autres villages de la région.