Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze La fontaine sacrée de Saint-Pardoux à Bugeat

Dessin sur papier avec rehauts d’aquarelle et gouache.

Gaston Vuillier, La fontaine sacrée de Saint-Pardoux à Bugeat
Photo : Jean-François Amelot, Seilhac.
© Ville de Tulle – Musée du Cloître

L’œuvre et le territoire

Gaston Vuillier nous livre plusieurs descriptions et récits sur les fontaines sacrées du Limousin dans « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze ». C’est au cours d’une de ses excursions en Corrèze, à Fournols plus précisément, que Vuillier s’attarde sur les origines de ces fontaines.

Le pâtre solitaire trempe dévotement ses lèvres dans l’eau sainte, de bien loin le malade accourt, pour y laver ses plaies. Le voyageur, religieusement emplit sa gourde et l’emporte dans sa maison pour la préserver des maux futurs. De bien loin les pèlerins s’y donnent rendez-vous. M. Champeval me révélait les origines de ces fontaines. [...]

« Pour les races primitives, me disait-il, adoratrices des phénomènes naturels et surtout pour les Gaulois plus encore que pour les autres peuples, l’eau fut trois fois sacrée. Leur vénération pour elle était plus grande que pour le gui et le chêne. L’eau était un don manifeste de la divinité, sa propre émanation, sa demeure permanente. En témoignage de ce culte ils tenaient leurs assemblées sur des ponts ».

[...] « L’Église, continuait-il, arrivant dans les Gaules, usa d’abord de tempérament et de sagesse. Le Christianisme bénit donc toutes les fontaines, les baptisa du vocable d’un saint, local le plus souvent, au patronage duquel elle les confia ainsi exorcisées, substituant aux statuettes souvent obscènes du paganisme les images pieuses de bois ou de pierre des vierges chrétiennes. »

De son passage à Bugeat, Gaston Vuillier ne retient que cette fontaine de Saint-Pardoux :

Rien à conter sur Bugeat, qui devint notre centre de ralliement sur ces hauteurs.

Dans le voisinage, sur une pente, sourd la fontaine sacrée de Saint-Pardoux, réputée pour guérir les maux d’yeux. C’est tout ce que la petite ville semble offrir d’intéressant.

À propos de Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze

Il faut attendre 1899 pour que Gaston Vuillier propose un nouveau reportage au Tour du monde consacré au Limousin, et plus particulièrement à la Corrèze qu’il a découverte en 1893 à l’occasion de « En Limousin (paysages et récits) ». Ayant été marqué par Gimel et ses cascades, il s’y installe en partie et commence à acheter des terrains mitoyens aux chutes à partir de 1898.

Avec « Chez les magiciens et les sorciers de la Corrèze », Gaston Vuillier propose une véritable enquête consacrée aux « médecines », rites et croyances locales, rendant compte par l’écrit et l’illustration (presque exclusivement des aquarelles) de ses rencontres et discussions avec différents metzes ainsi que des procédés que ceux-ci mettent en œuvre aussi bien pour guérir que pour envoûter.
Les dessins et le récit sont indissociables : le récit donne le contexte des scènes représentées, cite les lieux, les personnages, les circonstances des rencontres. Les dessins sont des compositions travaillées où les effets de clair-obscur sont mis au service de l’effet saisissant voulu.

Il convient de noter l’importance qu’accordait le fondateur de la revue Le Tour du monde, Édouard Charton, aux gravures accompagnant les reportages qu’il publiait :

Il paraîtra naturel que nos efforts tendent à donner aux gravures du Tour du monde une importance égale à celle du texte même. Si dans les œuvres poétiques ou romanesques les gravures ne sont qu’un ornement, dans les relations de voyages elles sont une nécessité. Beaucoup de choses, soit inanimées soit animées, échappent à toute description : les plus rares habiletés du style ne parviennent à en communiquer à l’esprit des lecteurs qu’un sentiment vague et fugitif. Mais que le voyageur laisse la plume, saisisse le crayon, et aussitôt, en quelques traits, il fait apparaître aux yeux la réalité elle-même qui ne s’effacera plus du souvenir.

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