La Chanson de Combraille La Fée de Leyrat

Paul-Louis Grenier, Òbra poetica occitana, Edicions dau Chamin de Sent-Jaume, 2001, p. 76-77.

© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume

La Fée de Leyrat

Dans le château de Leyrat, dont les ruines muettes
se hérissent de serpents sous les pas des bûcherons,
chaque nuit vient dormir une fée aux cheveux roux.
Tout le jour elle court, invisible, les ravins,
les brandes et les collines ou chemine dans les airs.
Parfois, faisant sa retraite
de l’azur brûlant où palpite
la brise d’été,
elle suit l’alouette qui semble
voler jusqu’au soleil pour y bâtir son nid.
Elle contemple alors le pays de Combraille,
ses rivières, ses ruisseaux où le corbeau se mire,
ses vallées et ses bois et ses étangs profonds,
ses bruyères, ses buis et ses bouquets de houx
énormes et ronds.
Elle voit les rochers où le lézard sommeille,
les donjons à demi écroulés où butine l’abeille
et les métairies bruissantes de chansons et de cris.
Aujourd’hui, près des haies, les petits valets réjouis
disputent une mûre aux guêpes
ou couronnent de joncs leurs têtes brunes ;
dans les cours rient des paysannes,
avec un seau de lait elles reviennent de traire.
Des jeunes gens aiguisent la faucille claire
ou graissent la roue qui geint
ou parlent à leurs bœufs liés au joug.
Les épis des blés sont mûrs,
et, devant les maisons aux derniers toits de chaume,
les dernières fileuses de Combraille
disent de vieux mots doux et forts.
Du haut des airs tristement les écoute
la fée qui regrette les âges morts ;
si souvent leur vue l’a arrachée
à la joie ou aux consolations,
si souvent les regards de ces femmes semblaient
crier : « Ils sont morts,
les temps des chevaliers, où les reines filaient ».

Paul-Louis Grenier, traduction de La Chanson de Combraille (La Fée de Leyrat)
© Edicions dau Chamin de Sent-Jaume

L’œuvre et le territoire

L’auteur évoque ici la fée du château de Leyrat, ainsi que le monde paysan en déclin de ce hameau. L’œuvre fait en vérité allusion à un château en ruines des Xe et XIe siècles, aujourd’hui appelé « château de Barbe-Bleue », situé près de la Voueize, en aval du village de Chambon.

Aujourd’hui complètement envahi par la végétation, ce lieu énigmatique a fait l’objet de nombreuses légendes, expliquant sans doute qu’on lui attribue le nom du héros de Charles Perrault, qui a notamment inspiré le compositeur hongrois Béla Bartók pour son opéra Le Château de Barbe-Bleue (1911).

À propos de La Chanson de Combraille

La Chanson de Combraille (La Chançon de Combralha) est l’un des cinq volumes de poèmes de Paul-Louis Grenier. Vingt textes composent cet ensemble, proposant un portrait parfois onirique et souvent bucolique de la Combraille, mobilisant également de nombreuses références qui ont fait l’histoire de ce territoire qui se partage entre le Puy-de-Dôme, l’Allier et la Creuse dans sa partie orientale.

Localisation

Également dans La Chanson de Combraille