L’Ourle La deuxième apparition...

Alain Galan, L’Ourle, Gallimard, 2012, p. 37.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

La deuxième apparition, ce fut, à La Jarrige, au tournant de l’automne. Les châtaignes commençaient à tomber. Elles avaient cet éclat brillant qu’on leur voit au sortir de la bogue, une peau couleur de tabac foncé et de cuivre mêlés dont les pluies de novembre amatissent les reflets chatoyants au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la saison. Quelques jours auparavant, en lune jeune, les cèpes étaient nés à la lisière des prés-bois. Était-ce pour les châtaignes précoces, pour les cèpes qu’elle dénichait toujours malgré la cataracte qui lui était venue avec l’âge, brouillant derrière ses verres épais, formes et couleurs ? Ne disait-elle pas qu’elle les devinait maintenant plus qu’elle ne les voyait, promenant sa canne comme la baguette d’un sourcier au-dessus des places où ils pouvaient « venir », auscultant à tâtons les reliefs de la mousse, une levée de feuilles sèches, un pli dans le tapis herbeux sous le couvert d’une touffe de noisetiers ?

Alain Galan, L’Ourle (La deuxième apparition...)
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

À propos de L’Ourle

On disait : l’ourle... À personne parmi nous l’idée ne serait venue de dire « l’eurée du bois », « l’orle de la forest ». L’ourle, c’était autre chose. La sauvagerie, l’écart, la vieille méfiance des bêtes et des hommes. C’est pour l’ourle que je suis revenu. Pour cette ultime lisière lorsque monte le soir avec ses sortilèges et sa sombre magie. Le temps, un fil à l’endroit, un fil à l’envers, y tisse sa toile. Et la mémoire s’embrouille à vouloir retenir, dans ses rets, les ombres incertaines. C’est pour l’ourle que je suis revenu. Pour le silence. Et pour l’oubli.

(Alain Galan)

L’ourle, c’est plus que la lisière d’un champ, c’est un écart entre les bêtes et les hommes, entre le sauvage et « le perfectionné », c’est leur contact aussi, le passage entre les sortilèges du soir et l’effacement du jour, la forêt ancestrale en nous et hors de nous, la duplicité de la perception, de l’imaginaire et de la mémoire. C’est à cette polyphonie de sens, de situations et d’images que nous invite le récit limpide et dense d’Alain Galan.

(Gallimard)

Alain Galan connaît tous les secrets de cette terre de Corrèze : sa faune, sa flore, ses légendes, son histoire sans oublier son actualité du fait de son activité de journaliste.
Le visage déformé par un cancer, Alain Galan fait le choix de retourner vivre dans la maison de son enfance au cœur des landes limousines pour fuir le regard des citadins. À quelques pas des bois, il se laisse alors happé par le dehors et commence cette déambulation poétique et calme qui donnera naissance à son ouvrage L’Ourle où des jeux de correspondances montent de la forêt faisant référence à sa propre vie et dégradation physique.

Localisation

Également dans L’Ourle