La Nuit des Orpailleurs La bibliothèque municipale...

Véronique Bréger, La Nuit des Orpailleurs, Les Ardents Éditeurs, 2009, p. 140-143.

© Les Ardents éditeurs

La bibliothèque municipale, installée au premier étage des locaux rénovés de l’ancien hôpital général, offrait un espace clair et convivial à ses visiteurs. Je déambulai dans les allées aux rayonnages chargés d’ouvrages avant de trouver le pôle dédié aux journaux. Qui, mieux que ces mémoires d’encre et de papier, pouvaient relater les faits survenus au fil des années. Événements majeurs ou mineurs marquaient l’histoire de leur trace et révélaient les mœurs d’une société en constante évolution. Je ne parvenais pas à classer les propos de Maurissou-l’épouvantail dans la case affabulation. En effet le domaine de La Badie se trouvait à la lisière d’une exploitation minière d’un genre particulier ; de tout temps l’or a exacerbé les convoitises et cette maison renfermait de nombreux trésors. Je me remémorai les indications de Bérengère. Elle situait la fermeture du site de la Fagassière en 1934. Les annotations présentes dans le livre de comptes indiquaient une activité se déroulant courant 1929 ; un vaste champ de recherche s’offrait donc à ma curiosité. Je me présentai au guichet des prêts. Vingt minutes plus tard, assise devant un prompteur, je m’apprêtais à explorer une à une les boîtes remplies de dizaines de microfiches. Je visitai le département pendant plus de deux heures. Je sautai de foires en marchés, déroulai les avis de décès, de mariages, de naissances, comme autant de roues de bonne ou mauvaise fortune. Je découvris la manufacture de chaussures J.M. Weston et ses techniques de cousu importées d’Amérique, participai à la construction d’un nouveau four pour les usines de porcelaine Haviland, vis prospérer la Confédération Générale du Travail. Les caractères imprimés défilaient devant mes yeux fatigués. Je marquai une pause, m’étirai et me massai les tempes. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Proverbe approprié au lieu dans lequel je résidais. Malgré ma vigilance, aucun article n’indiquait le moindre fait divers à caractère meurtrier dans les environs du domaine.

– Histoire d’ivrogne pour faire fantasmer les étrangers, maugréai-je en me remémorant les propos de Bérengère.

Il restait une boîte à consulter. Je me concentrai et déroulai les informations locales. Mon regard accrocha le nom d’un village que j’avais traversé pour rejoindre Limoges : Château-Chervix. L’article relatait les résultats d’un concours de labour qui s’y était déroulé. Le premier prix était attribué à un certain Étienne Brémont. Outre la longueur et la rectitude des sillons, vantées par le journaliste, l’intérêt de l’article résidait à mes yeux dans l’évocation de la précédente activité de l’agriculteur. Il avait travaillé à la mine de la Fagassière, et déclarait regretter sa fermeture. Le journaliste demandait si cet arrêt d’activité résultait de l’affaire survenue cinq ans plus tôt. Le vainqueur du jour parlait de filon tari, de manque de moyens, il ne savait rien d’autre. Je relus la rubrique avant de m’attarder sur le commentaire en italique situé au bas de l’article. Si ce n’était pas l’aiguille de la botte de foin, cela y ressemblait. Le rédacteur consciencieux rappelait le fait divers qui avait ému la région. Je notai les dates et repérai le titre en cinquième page du Populaire du Centre du lundi 13 novembre 1929.

Il tue sa femme et se suicide.
Le directeur de la mine de la Fagassière (commune de Château-Chervix), monsieur Pierre-Marie de La Lande, a été découvert mort, hier matin par ses employées de maison. Sa femme, une authentique princesse africaine du Swaziland, est elle aussi décédée. D’après le rapport de police et le constat du médecin, le docteur Bardier, il s’agit d’une dispute conjugale. Des traces de lutte avérées ont été découvertes dans la chambre où madame de La Lande gisait assassinée. On a trouvé monsieur de La Lande dans son bureau, l’arme du crime (son revolver) dans la main.

J’y étais ! L’ancien propriétaire et sa belle princesse ébène.

De La Lande avait pris la direction de la Fagassière en octobre 1928. Cet aventurier, comme le qualifiaient certaines personnes, arrivait d’Afrique du Sud où il dirigeait un important complexe minier. L’acquisition du domaine de La Badie — situé à proximité d’une mine d’or en pleine expansion — par un étranger à la région, avait suscité à l’époque de nombreuses réactions...

Non seulement il avait acheté cette baraque, il était devenu directeur de la mine et en plus sa femme était black ! Le truc de ouf dans la tête des gens du coin...

Véronique Bréger, La Nuit des Orpailleurs (La bibliothèque municipale...)
© Les Ardents éditeurs

L’œuvre et le territoire

Évi Marc se rend à la bibliothèque municipale de Limoges pour continuer ses recherches sur les événements et faits divers en rapport avec l’exploitation de la mine d’or de la commune de Château-Chervix.

À propos de La Nuit des Orpailleurs

La Nuit des Orpailleurs est le premier roman d’une trilogie de Véronique Bréger traitant de sa région natale. Il se déroule en partie à Limoges et dans le sud de la Haute-Vienne.

Un secret enfoui dans la mémoire des hommes. Une série de meurtres inexpliqués. Une course poursuite dans les mines d’or du Limousin à la recherche d’un trésor inestimable.

Lorsqu’Évi Marc, agent de recherches privées au caractère bien trempé, se rend dans le Limousin suite à l’invitation de son ami Félix, elle ne se doute pas de ce qui l’attend.

Le jeune homme a élu domicile dans une demeure aux allures de musée. Bâtie aux abords d’une ancienne mine d’or, elle semble être le théâtre d’une multitude d’événements. Lorsque les sous-sols environnants se mettent à attirer brusquement les convoitises, l’instinct d’Évi l’informe d’une menace.

Que s’est-il passé dans ses murs en 1929 ? Quels sont les liens avec le présent ? Qui se cache derrière le gardien de la forêt ? Pourquoi d’anciens légionnaires se transforment-ils en spéléologues ?

Héroïne malgré elle, Évi va devoir affronter des forces insoupçonnées qui l’entraîneront aux frontières de l’imaginable.

(Les Ardents Éditeurs)

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