Lettres sur le Limousin Quarante-et-unième lettre. Mont-Jovis, Janvier 1857. : L’usage des cimetières...

Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, Lettres sur le Limousin, Les Ardents Éditeurs, 2013, p. 236-237.

L’usage des cimetières (du mot grec coimaô, dormir) n’est pas très ancien. [...]
La plupart des auteurs s’accordent à attribuer à cet usage une partie des maladies contagieuses qui ont fréquemment ravagé les États de la chrétienté. La loi du 23 prairial an XII (12 juin 1804) a prohibé d’une manière absolue toute inhumation dans les églises, temples, chapelles, et dans l’enceinte des villes et bourgs. La même loi veut que les cimetières soient à 40 mètres au moins de l’enceintes des villes, et que les terrains les plus élevés et exposés au nord soient choisis de préférences. Le principal cimetière de Limoges était où est actuellement le champ de foire ; chaque paroisse avait en outre son cimetière. Lors de leur suppression, ils furent réunis en un seul et portés à deux kilomètres environ de la ville, au lieu de la Bregère, nom d’un hameau sur la route de Paris, à un point culminant ; une carte de 1764 mentionne ce hameau avec une tuilerie au-dessous. L’enceinte fut tracée sur le plateau et occupa une propriété appelé Louyat. Nul n’a pu me dire l’étymologie de ce nom.

L’inauguration eut lieu au moins de mars 1806 ; ce vaste champ de repos ne fut que trop promptement labouré ; il fallut bientôt l’agrandir, à la suite de l’épidémie de 1807, connue sous le nom de maladie des Espagnols, qui, non seulement décima ces malheureux prisonniers, mais causa de grands ravages dans la ville. Une partie de ces terrains avait été achetée autrefois au nom de la province, par Turgot, pour y faire des fouilles, afin d’amener les eaux, fort abondantes sur ce point, à un quartier de cavalerie que l’on devait construire sur la route de Paris, situation, il faut le dire, plus heureuse que celle choisie plus tard ; ce projet ayant été abandonné, les terrains acquis furent utilisés pour le cimetière. Mais si le site est des plus favorables par son exposition, par le paysage qui l’environne, qui est d’une sauvage grandeur, le sol paraît peu approprié à sa destination, ce sont des couches d’argile entremêlées de nappes d’eau, qui doivent rendre les constructions très difficiles et nuire à la conservation des restes confiés à la terre.

Au surplus, l’ensemble a quelque chose de grandiose qui élève l’âme et la détache de nos misérables préoccupations de la vie de tous les jours. Une belle allée plantées de pins coupe en deux le champ du repos, et le vent soufflant dans les grands arbres forme comme une plainte grave et continue.

Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, Lettres sur le Limousin (Quarante-et-unième lettre, Mont-Jovis)

L’œuvre et le territoire

Cet extrait fait référence à la création du cimetière de Louyat à Limoges en 1806.
Parmi l’un des plus vastes de France, ce cimetière s’étend sur trente-cinq hectares. Il recèle d’une spécificité locale puisque des plaques funéraires en porcelaine décorent les sépultures, dont certaines sont des assiettes en porcelaine peintes.

À propos de Lettres sur le Limousin

Lettres sur le Limousin prend la forme d’une succession de soixante-quatre lettres, adressées par M. Durand, prête-nom du narrateur, à son médecin parisien, et publiées dans le quotidien local le Vingt Décembre entre le 28 février 1857 et le 3 novembre 1858.
En 2007, Les Ardents Éditeurs proposent pour la première fois une édition regroupant en un volume l’ensemble de ces lettres restées anonymes. De nouvelles recherches et le fruit du hasard ont pu leur permettre de reconnaître en Henri Alexandre Flour de Saint-Genis, l’auteur de ce texte rare, réédité en 2013.

Ces lettres invitent leur destinataire à la découverte du Limousin, et plus particulièrement de la Haute-Vienne, en s’attachant à en présenter ses beautés naturelles et patrimoniales, son paysage et son histoire, tout en faisant appel à l’économie, l’anthropologie, la statistique...
L’auteur propose à travers cette correspondance un véritable récit de voyage, dans la lignée du Voyage en France d’Arthur Young, mais d’inspiration romantique.

Dans sa première lettre, l’épistolier expose sa démarche : selon les conseils de son médecin, il doit suivre un programme défini, qui consiste à vivre en plein air, faire de l’exercice, voyager, changer de lieux, fatiguer son corps, s’astreindre à un travail intellectuel, et en donner un compte-rendu quotidien à son médecin. L’auteur pose ainsi cette ordonnance médicale comme le prétexte à ses voyages et à la correspondance qui en résulte.
Au gré de ses déplacements, des ses explorations, Henri Alexandre Flour de Saint-Genis propose ainsi un aperçu « statistique » du Limousin, mêlant notamment démographie, géologie, économie et industrie... Il se fait aussi l’écho des hauts faits historiques ou légendaires, revenant ainsi aussi bien sur le sac de Limoges de 1370, comme Élie Berthet dans Le Château de Montbrun (1847) que sur la légende de la fondation de Saint-Léonard-de-Noblat, en donnant une version bien différente du même Élie Berthet dans Saint Léonard – Chlodwig-le-Chevelu... S’ils évoquent les noms fameux dont la gloire peut rejaillir sur le Limousin, rares sont ses références à la littérature évoquant le Limousin ; la référence à Jules Sandeau et à son Docteur Herbeau est ainsi notable.

Localisation

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