L’Ombre de l’amour

Marcelle Tinayre, L’Ombre de l’amour, Maiade éditions, 2007.

4 œuvres

L’œuvre et le territoire

C’est un pays mélancolique et délicieux, une Bretagne moins célèbre et moins profanée que l’autre... J’aime ses bruyères, ses roches, ses eaux translucides, son patois musical, sa pauvreté... Denise, y a-t-il encore des sorciers à Monadouze ? Honore-t-on les fontaines sacrées ? Mène-t-on à sainte Claquette les enfants bègues ou muets ? Pratique-t-on l’envoûtement avec le seau et le miroir ? Ne “forge”-t-on plus les gens dont la rate est malade ? La chasse volante et le bérou n’ont-ils pas déserté cette province livrée au progrès ? Plante-t-on encore, dans les champs ensemencés, une croix et quatre bouquets de paille en l’honneur du Christ et des Évangélistes ?...

C’est en ce pays de Monadouze, pendant littéraire de Gimel-les-Cascades, que Marcelle Tinayre situe l’essentiel de ce drame de l’Ombre de l’amour.
C’est là en effet que Jean Favières, jeune homme souffrant de la tuberculose, vient en convalescence, accueilli chez le docteur Cayrol et sa fille Denise.

Denise, de quelques années plus âgée que lui, est préposée à ses soins, une tâche dont elle va s’acquitter avec dévouement et compassion, car elle s’est donnée comme mission de le ramener à la vie.
Quant à la mystique Fortunade, qui aurait rêvé d’être sœur dans un couvent de Tulle pour s’occuper des malades, alors que ses parents veulent la marier, elle s’est trouvé elle-aussi un but : celui de ramener vers Dieu et la société des hommes le fils du vieux metje, le guérisseur-forgeron, ce Martial sauvage, bourru et rebelle dont tout le monde s’éloigne.
Mais sauront-elles répondre, l’une aussi bien que l’autre, aux sentiments qu’elles ont fait naître dans le cœur de ces deux hommes blessés dont les autres se détournent ? Sauront-elles échapper à cet amour masculin vers lequel la pitié les entraîne ? Est-ce de l’amour... ou n’est-ce que “l’ombre de l’amour” ?