L’Oie trop coquette

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L’Oie trop coquette

Une jeune oie, un peu délicate et bien coquette,
Ne pensait qu’à la toilette.
La fière
Trouvait, qu’avec sa robe grise
Elle ressemblait à Cendrillon (Quand personne ne vous regarde,
Vous admire et vous envie, cela ne contente pas
Celui qui aime causer de l’embarras.)
Conduite par ses gens à Brive, un jour de foire,
Elle courut chez la modiste et se fit mettre,
Afin de paraître plus belle,
Tout ce qu’elle put acheter :
Queue de paon, ailes de pintade,
Huppe de perroquet, gorge de pigeon
Avec ça, elle se croit et se pavane
Et rentre, heureuse, à la maison.
Chacun la regarde et pour la mieux voir se retourne.
La sotte, alors, pense qu’on l’admire.
Elle fait des manières, tend le cou :
On dirait qu’elle veut renifler le godet.
Cependant, ainsi harnachée,
À chaque pas, s’empêtre :
Elle ne peut plus ouvrir les ailes, courir et prendre son vol ;
Elle marche en écartant les jambes
Ou comme si elle était trop grasse.
Dans les chemins, pleins d’ornières et de flaques,
Ses beaux habits si chers sont déjà tout crottés
Et dans les ronces
Sa queue, sa huppe s’accrochent souvent.
Pour faire dans sa basse-cour une plus belle entrée,
Elle se lisse le plumage, prend le pas de parade.
Quel émoi quand elle se montre et quel éclat de rire !
Le chien jappe et veut la quereller,
Les poussins vont se cacher.
Vêtue de cette manière
Elle semble chez elle une étrangère (...)

Marguerite Genès, L’Oie trop coquette
Traduction
© Institut d’études occitanes du Limousin

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