L’Éternité plus un jour L’Observatoire...

Georges-Emmanuel Clancier, L’Éternité plus un jour in Un enfant dans le siècle, Omnibus, 2008, p. 615-616.

© Robert Laffont

Ce qui, par-dessus tout, donnait son prix à notre modeste domaine, c’était de se tenir en face de l’Observatoire. On appelait ainsi un long édifice vétuste qui s’étendait en retrait de la rue, au fond d’un parc en terrasses. Un original l’avait fait construire au siècle dernier, presque au sommet de la colline, alors au milieu des prés et des vergers.
Une galerie boisée précédait le rez-de-chaussée et, montée sur pilotis, une tour carrée à trois étages flanquait le corps de logis. Tout en haut courait le balcon de bois protégeant une plate-forme où se dressaient des appareils grêles : girouettes, pluviomètres, paratonnerre, anémomètres, arsenal désuet et rouillé. Là, sans doute, un astronome devait monter, aux nuits de juin, et, lunette à la main, scruter la lune et les étoiles. Du moins l’imaginions-nous ainsi. Ma sœur le décrivait même barbu, sourcilleux, vêtu d’une houppelande, un bonnet de fourrure sur le crâne. Près du portail qui commandait l’enclos à l’abandon, une plaque rappelait, en lettres dont l’or s’effaçait : « Jacques Garou (1832-1910) fit construire cet Observatoire. Il y étudia le régime hydrographique de la province. On lui doit le reboisement de la Montagne. »
« Peut-être, chuchotait ma cadette, peut-être le loup-garou revient la nuit sur sa tour. Souvent, je me lève, je vais à la fenêtre, je guette à travers les persiennes. J’arriverai bien à le surprendre : je crierai, je crierai ! De peur, il laissera tomber sa lunette, il s’envolera dans les nuages. »

Georges-Emmanuel Clancier, L’Éternité plus un jour (L’Observatoire...)
© Robert Laffont

L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait, le narrateur exprime sa fascination pour l’Observatoire, étrange bâtiment qui était situé près de l’habitation de l’auteur et qui a nourri son imaginaire.

À propos de L’Éternité plus un jour

L’Éternité plus un jour, telle est, dans la comédie de Shakespeare Comme il vous plaira, la réponse d’Orlando à Rosalinde qu’il aime et qui lui demande combien de temps il voudra d’elle. Ainsi, Henri Verrier pensera qu’il lui faudrait « l’éternité plus un jour » pour vivre pleinement son amour avec Elisabeth, jeune actrice, et pour délivrer, avec ses amis, le monde de la part de ténèbres qu’il présentait à leurs yeux de vingt ans. Mais, au terme du récit qui évoque les rêves, les espoirs, les combats, les tourments de toute une génération, des années 1930-1939 à 1968, le héros avouera : « Ma vie, l’amour, notre vie n’aura été qu’un seul jour sans l’éternité, sans cette éternité de tendresse ; de juste joie qui nous était promise et nous a été volée. »

(Gallimard)

Bonus

  • MP3 - 1.8 Mo
    Georges-Emmanuel Clancier lit l’extrait « L’Observatoire... » de L’Éternité plus un jour
    Enregistrement : CRL en Limousin, 2010.
    © Robert Laffont
  • La tour de l’Observatoire
    Photo argentique, collection Clancier.
    © Droits réservés

Localisation

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