La Jeunesse de Théophile L’église est un conte de fées...

Marcel Jouhandeau, La Jeunesse de Théophile in Chaminadour : contes, nouvelles et récits, Gallimard, collection « Quarto », 2006, p. 191.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

L’église est un conte de fées, un perpétuel coucher de soleil aperçu au fond d’un bois. L’église est un lieu de rendez-vous où l’on est sûr de rencontrer des gens qui vous estiment, parce que votre seule présence vous recommande et les édifie. L’église pour qui la fréquente devient le centre de la vie ; elle jette ses arceaux et ses portiques par-delà les montagnes et la mer. La physionomie de l’église est mobile et diverse, autant qu’universelle. Elle peut ressembler à une épopée et à un poème burlesque. Comme elle est curieuse, nouvelle, parce qu’une seule personne s’y trouve agenouillée, quand on arrive. Si c’était une autre attitude, un autre visage humilié, une autre prière, on éprouverait une émotion différente. [...] L’église est une bonne école d’immobilité. On y reste longtemps à genoux ou assis, les bras en croix ou les mains jointes. [...] Dans l’église, si l’on fait un geste il est calculé d’avance et mesuré. L’église est une assemblée de statues, où les vivants s’appliquent à ressembler à leur image. L’église est une nation d’êtres qui ont pris l’attitude la plus sculpturale.

Marcel Jouhandeau, La Jeunesse de Théophile (L’église est un conte de fées...)
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

À propos de La Jeunesse de Théophile

La Jeunesse de Théophile est le récit romancé de l’enfance de Marcel Jouhandeau passée à Guéret. La boucherie accapare les parents de Théophile qui sont obligés de confier l’éducation de leur fils à sa tante Ursule, femme fidèle aux principes religieux. Elle l’initie au monde des églises et le jeune Théophile sera envoûté par ces lieux qu’il trouve riches et séduisants telle une scène de théâtre. Deux autres femmes dévotes auront un rôle dans cette initiation religieuse : Jeanne, une jeune carmélite, et Madame Alban, qui veut faire du jeune Théophile son prêtre personnel.

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