L’Arracheur de dents

L’Arracheur de dents

(...) « Vous voyez auprès de moi, mes amis, un homme qui souffre beaucoup. Ses dents, larges comme des pelles, sont gâtées ; et celle qui lui fait mal est plus abîmée que les autres ».
Tout en parlant, Nadirat a fourré son doigt dans la bouche de l’homme et il le lui enfonce si profondément que celui ci devient rouge comme la crête d’un coq et fait tout ce qu’il peut pour se retenir de vomir.
« Ces dents, reprit Nadirat, telles que vous les voyez, ont des racines aussi longues, aussi grosses que celles d’un radis noir et leurs trois pointes sont plantées comme si chacune voulait tirer de son côté. Eh bien ! Pour le débarrasser de sa mauvaise dent, pour le guérir du mal ardent qu’il endure, je ne vous demande que deux minutes. Regardez bien le travail, vous en serez étonnés. »
Sur ces mots, maître Nadirat apprête son morceau de fer, l’entortille dans le mouchoir à carreaux prêté par le malade, l’enfourne dans la bouche de l’homme et il se met à tirer, à tirailler de toutes ses forces à tel point qu’à la fin, l’homme, le visage sanguinolent, l’air hagard, tremblant de douleur et de peur, se rejette en arrière alors que Nadirat, rouge de plaisir mais la sueur au front, brandissait au-dessus de la foule émerveillée une dent grosse comme une dent de bœuf en criant tout joyeux son invitation habituelle :
« Je suis Nadirat des Combes de Seilhac ! Qui souffre des dents ?"

Alfred Marpilhat, L’arracheur de dents
Extrait en français.

L’œuvre et le territoire

Où l’on découvre Nadirat, originaire de Seilhac, village non loin de Tulle, arracheur de dent, ancien métier de forain, proposant ses services sur les foires et marchés.

L’Arracheur de dents fut publié dans la revue Lemouzi, éditée à Tulle, par la Société historique et régionaliste du Bas-Limousin. Fondée en 1893, elle fait, entres autres, la promotion et la valorisation de la région du Bas-Limousin ainsi que de la langue, de la culture et de la littérature occitanes.

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