À propos

Originaire du lieu-dit du Vietheil, situé sur la commune de Pradines, dans les Monédières, Julien Chastagnol apprend le violon auprès de son frère aîné, Jean, ou encore du violoneux Léonard Lachaud.

Sa technique de jeu, originale, largement empirique, évolue avec le temps.

Julien Chastagnol, à ses débuts, ne se servait pour jouer la mélodie que d’un doigt, l’index, qui se déplaçait perpétuellement, ainsi, le long du manche. Le majeur lui servait pour les ornements. Par la suite, il modifia sa technique, utilisant, outre l’index, le majeur et l’annulaire pour la mélodie et éventuellement les ornements. Il ne se servait pas de l’auriculaire.

Françoise Étay, Le violon traditionnel en Limousin, mémoire de maîtrise d’éducation musicale, 1983.

Sa technique mélodique, liée à un doigté personnel qui plaçait sa main gauche en ce qu’on appellerait, en violon classique, « 2e position » induisait un mode de sol très franc qui a fortement marqué le style des premiers violoneux « folkeux ». Il lui permettait, en outre, une ornementation toujours renouvelée autour du majeur, correspondant à tonique ou dominante dans un mode de jeu s’appuyant sur les bourdons donnés par les cordes à vide.

Françoise Étay, 2017.

Archétype du violon des Monédières pour Olivier Durif, Julien Chastagnol est l’un des tout premiers violoneux à avoir été collecté par les acteurs du revivalisme, et notamment par Jean Blanchard, berrichon de naissance installé à Lyon, pilier du groupe La Bamboche et initiateur du folk-club La Chanterelle, qui l’a « découvert » dès la fin de l’année 1970, après avoir dans un premier temps écouté le frère aîné.

Au moment de quitter le pavillon, une dame sur le palier du premier étage, et qui a attendu que je prenne congé, me conseille d’aller voir « Julien Chastagnol, son frère, lui il joue très bien ». Elle m’indique l’adresse du frère, que je rencontre la semaine suivante. La rencontre, décisive pour moi par la suite, est un électrochoc pour un collecteur nourri aux mythes de l’époque folk flamboyante. Un homme chaleureux qui mène sa propre enquête sur moi pendant que je crois mener la mienne sur lui, un regard malicieux et amusé par la situation, des anecdotes à n’en plus finir, un cantou majestueux, une famille qui écoute le père jouer et raconter. Et un jeu de violon riche, très orné, beaucoup plus construit que ce que j’ai entendu lors des rencontres précédentes. Et un répertoire dont l’originalité frappe l’oreille, avec des standards, mais avec des versions d’une modalité marquée, et des mélodies étranges. Tous ces ingrédients suffisent pour me persuader que je suis en présence du dépositaire d’une tradition riche et forte. Et je m’applique alors à reproduire sur mon violon les mélodies enregistrées, inlassablement.

« Blanchard raconte Chastagnol », sur le blog Musiques piquantes, 21 mai 2017.

De la publication du 33 tours « Musique traditionnelle des pays de France » (1975) à celle de « Violoneux corréziens » (1979), Julien Chastagnol a été considéré par la plupart des amateurs de violon populaire en France (j’en faisais partie) comme le seul survivant, en Corrèze, d’une tradition éteinte.

Françoise Étay, 2017.

On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien, tant les années suivantes furent riches de nouvelles collectes auprès de nombreux autres musiciens. Le répertoire et l’esprit propre à la pratique de Julien Chastagnol irriguent très largement la pratique des musiciens depuis lors.

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