Mourir dans le corps du loup Je claquai la portière...

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup, Les Ardents Éditeurs, 2014, p. 33-34.

© Les Ardents éditeurs

Je claquai la portière et traversai la rue des Petites-Maisons. Pendant que j’introduisais ma clef dans la serrure de la porte d’entrée, sa voiture redémarra sur les chapeaux de roues et passa en trombe, faisant fi des éventuels feux rouges ou autres automobilistes. Une fois dans mon appartement, dans ma chambre, je me déshabillai et sentis sur mes vêtements une forte et âcre odeur musquée, un parfum animal que je ne reconnus pas. Le contact du tissu avec ma peau devenait insoutenable. Sa volonté séductrice avait dû être à ce point poussée à son paroxysme, qu’il avait laissé sur la moindre parcelle de mon être ses phéromones de prédateur. Dégoûtée, salie, j’ôtai précipitamment tous mes habits et les jetai au fond de la corbeille à linge.

Aude Courty, Mourir dans le corps du loup (Je claquai la portière)
© Les Ardents éditeurs

L’œuvre et le territoire

J’ai choisi d’installer Oranda, l’héroïne du roman, rue des Petites-Maisons en écho à mon propre vécu. En effet, j’ai moi-même résidé, le temps d’une année, dans un petit appartement — ancienne chambre de bonne — dans cette rue calme au premier abord, étrangement déserte, mais animée d’une vie singulière une fois la nuit tombée. Il y a donc une étroite corrélation entre cette rue peu fréquentée et le personnage solitaire et torturé du livre.

Cet extrait du roman suit le premier rendez-vous d’Oranda et Florimon. L’appartement sis rue des Petites-Maisons apparaît alors comme un refuge, loin de l’emprise prédatrice de Florimon.

(Aude Courty)

À propos de Mourir dans le corps du loup

Limoges, novembre 2011.

Comme tous les soirs, il referme la porte vitrée, qui claque d’un coup sec et résonne sur les pavés de la rue du Clocher. Il se retourne enfin et, après avoir jeté un coup d’œil alentour, sur les âmes passantes errant dans la rue commerçante, il allume une cigarette, en avale la fumée avant de l’expirer, volutes dessinant cette auréole trompeuse, dissimulant ses instincts bestiaux. Il avance à pas calculés, mesurés, longues foulées à la fois nonchalantes et prédatrices, course lente décourageant toute filature et à laquelle rien ne peut échapper. Je n’en perds pas une miette et mémorise chaque détail de son allure carnassière : il a un secret et je vais le trouver.

Quelques rues plus loin, le lycanthrope passe la porte d’un pub en quête du plat du jour : jeune fille prête à consommer.

Oranda Lhivièrre, jeune étudiante en littérature à Limoges, solitaire et perturbée, est entraînée malgré elle dans une troublante histoire sentimentale alors qu’une jeune femme est retrouvée assassinée sur les bords de Vienne...

À la croisée du récit fantastique et du thriller, ce roman noir est inspiré par la nuit et les mystères de ses heures sombres.

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