Les Moissons délaissées tome 2 : Les Fruits de la ville Ils s’enfoncèrent...

Jean-Guy Soumy, Les Fruits de la ville, Pocket, 2004, p. 203.

© Robert Laffont

Ils s’enfoncèrent dans la forêt des Grandes Besses. Sitôt traversé Tressagne, le sentier montait en s’enroulant autour du puy. Ils furent happés par le chemin creux tranché entre deux rives de racines qui sortaient d’une terre brune. Des branches basses comme de grands lézards s’enfilaient dans des crevasses sous des hêtres aux troncs argentés. C’était l’instant où la forêt hésitait à céder le pas au jour. Les ombres étranges livraient une dernière bataille. L’aube dissolvait des essences de nuit et des vapeurs blanchâtres coulaient sur les pentes. Des châtaigniers éventrés paraissaient rentrer précipitamment d’un sabbat, leur manteau d’écorce grand ouvert. Une boule de houx brillait comme un lustre de cristal posé à même les feuilles mortes.

Jean-Guy Soumy, Les Fruits de la ville (Ils s’enfoncèrent...)
© Robert Laffont

À propos de Les Fruits de la ville

François, Louis et Marie... François et Louis Ribière, comme beaucoup des hommes de la Creuse natale, partaient, chaque printemps, travailler comme maçons sur les immenses chantiers que le baron Haussmann avaient ouverts à Paris, dans les années 1860. Marie Gerbeau comme sa mère, comme toutes les femmes du village, demeurait aux Couteilles pour y maintenir la vie.
Or il advint que, au printemps 1864, Louis se révolta contra la condition faite à ses compagnons de travail et de misère ; il vécut d’expédients jusqu’au jour ou il fut remarqué par une célèbre demi-mondaine qui lui ouvrit le mondes des affaires. Il advint aussi que Marie, lasse d’attendre le retour de François, prit seule et à grands risques le chemin de Paris. Intelligente et fine, courageuse, elle y trouvera sa voie dans la haute couture. Et François lui-même, revenu au pays, s’accomplira sur les terres agrandies du maigre domaine paternel.
Ainsi la Ville, la grande Ville, aura-t-elle révélé à eux-mêmes les gamins illettrés des Moissons délaissées. Il s’y seront épanouis dans le temps même ou elle se transformait. Mais la Ville est brutale : la défaite de 1870, la chute de l’Empire, la Commune vont bouleverser leurs destins...

(Robert Laffont)

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