Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman Ils piquent au nord...

Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman, Albin Michel, 1993, p. 211-212.

© Albin Michel

Ils piquent au nord par la Combraille. Les arbres sont nombreux et resserrent leur emprise. Les pentes des collines portent les découpes de petits champs bordés de murs de pierres sèches. Vers le soir, après une chevauchée de sous-bois, ils s’arrêtent en lisière d’un boqueteau de hêtres. Les chevaux foulent les crosses des fougères. A leurs pieds gît Bourganeuf, grand prieuré d’Auvergne. La ville compte environ mille âmes dont une garnison de deux cents hommes et une vingtaine de religieux. Le couvent des Chevaliers prend des allures de château et jouxte l’église Saint-Jean à même hauteur. Sous leurs ailes maternelles se blottissent quelques maisons basses. Des hauteurs qui la dominent, la ville semble vouloir écarter les forêts qui l’encerclent et la harcèlent de leurs pousses incessantes. Pour la paix des yeux un étang bien rond la sous-tend, aux eaux profondes bordées d’iris jaunes. En venant du pont du Thaurion, on y accède par des chemins de ravines, de tuf et d’éclats de granit. Pour cette raison, les hommes ne se déplacent pas sans un bâton qu’ils font l’hiver quand la neige empêche toute activité et que la lumière du feu de cheminée est suffisante pour creuser le coudrier d’incomparables entrelacs de serpents qui vomissent dans le pommeau leurs têtes chimériques.

Jean-Marie Chevrier, Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman (Ils piquent au nord par la Combraille...)
© Albin Michel

L’œuvre et le territoire

Dans cet extrait, Jean-Marie Chevrier nous décrit la ville de Bourganeuf et ses environs tels qu’ils étaient au XVe siècle et tel que Djem les a sans doute découverts à son arrivée.

À propos de Zizim ou l’épopée tragique et dérisoire d’un prince ottoman

Jean-Marie Chevrier nous amène sur les traces de Zizim (Djem), prince ottoman du XVe siècle, qui trouve « refuge » en Occident.

À la mort de son père Mehmet II en 1481, Zizim, alors âgé de 22 ans, peut, tout comme son frère Bajazet, prétendre au trône de l’Empire ottoman. Ce dernier s’en étant emparé, Zizim tente par deux fois de le détrôner mais est défait et doit demander l’asile aux chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem installés à Rhodes, dont le grand-maître n’est autre que le grand prieur d’Auvergne, Pierre d’Aubusson, né au château du Monteil-au-Vicomte en Creuse.
Son exil — ou sans doute devrions-nous plutôt parler de captivité —, l’amène ensuite de Rhodes jusqu’en France, tout d’abord en Savoie et en Dauphiné puis finalement en Limousin, qu’il quitte en 1488 pour l’Italie où il meurt en 1495.

Son séjour limousin dure quatre ans, entre 1484 et 1488, et Jean-Marie Chevrier montre à quel point celui-ci a été difficile pour le prince ottoman, notamment du fait du climat et d’un triste paysage fait de « bocages humides où pataugent les saules et les joncs. On lui avait dit la France douce, il la trouve froide. ».

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