Le dieu qui dort Il y a un lieu...

Jean-Paul Chavent, Le dieu qui dort, Les éditions du Laquet, 1997, p. 13-14.

© Les éditions du Laquet
© Tertium éditions

Il y a un lieu cloîtré dans le matin. Un lieu qui a ce nom de début de la lumière. Un village le porte. C’est écrit Aubazine sur le panonceau du bord de la route, mais c’est le nom ancien que l’on voit. Le nom d’avant le village, avec un O pareil à l’œil lisse et rond d’une vierge romane. Près du panonceau, il y a un arbre mort. C’est un arbre comme il y en a dans tous les siècles. Un de ces arbres dont le vent ne veut plus. On devine que c’est par lui, le vent, que tous ces arbres sont liés les uns aux autres, les morts et les vivants. Ce lien, c’est une chose qui se perçoit dès que l’on s’aventure dans un paysage. Tout de suite un autre paysage affleure en nous-mêmes, composé de nos pensées, nos appréhensions, nos pressentiments, amené au langage par la nudité de l’air sur notre visage, mais illisible encore et comme tenu en réserve, en suspens, inéclos dans nos yeux.

Jean-Paul Chavent, Le dieu qui dort (Il y a un lieu...)
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À propos de Le dieu qui dort

Le roman Le dieu qui dort de Jean-Paul Chavent est une méditation autour du paysage et du village d’Aubazine en Corrèze, et plus particulièrement autour du canal que les moines y ont creusé.

Ce n’est pas nous qui disons le lieu, c’est lui qui nous dit.
La perte de la relation au monde est la nouveauté tragique du siècle qui finit. Il se peut que l’unification — l’unification mondiale des regards — soit le prix à payer pour faire partie du monde qui vient. Qu’est-il encore possible de voir des paysages, des lieux de mémoire ou de spiritualité où s’inventèrent notre culture et notre imaginaire ?
Qu’est-il possible d’inventer ? C’est à la recherche de ce site intérieur, depuis le mur du monastère à celui de Facebook, que nous invite ce livre où la nostalgie compte moins que la conquête d’un nouvel éblouissement.

(Éditions du Laquet)

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