Faits divers

Henri Barbusse, Faits divers, Flammarion, 1928.

Dans cette série

L’œuvre et le territoire

Peut-on éviter en partie la souffrance qu’il y a ? Si cette vie comporte des souffrances évitables, elle est mal faite.

Publié en 1928 chez Flammarion, Faits divers est un recueil de textes d’Henri Barbusse. Mais le titre ne doit pas induire le lecteur en erreur : il ne s’agit pas ici de faire diversion, pour paraphraser Bourdieu, mais bien de revenir sur des événements tragiques, révoltants... afin d’éveiller les consciences, dans une perspective révolutionnaire.

Ainsi, Henri Barbusse précise son projet dès le début de sa dédicace, intitulée « Deo ignoto » :

Je n’apporte ici que des faits divers. Je n’ai rien inventé de ces histoires ; j’en ai pris la matière, et même la forme, dans ce que j’ai vu moi-même, ou bien dans ce que j’ai recueilli de source sûre. Je les ai à peine « romancées », comme on dit aujourd’hui. Parfois, j’ai exposé l’information tout crûment ; d’autres fois, j’ai discrètement couvert les détails d’un peu de fiction. Je n’ai presque jamais changé les noms des hommes sur les acteurs.

Puissent ces notations, pêchées au hasard, par places, dans l’effrayante civilisation contemporaine, habituer quelques lecteurs à l’invraisemblance du vrai, et ouvrir à l’opinion publique endormie en de béates légendes, des perspectives sur la figure réelle de notre XXe siècle, qu’on peut appeler l’Âge de l’or, ou de l’acier, ou du jazz-band, mais qu’on peut appeler surtout : l’Âge de sang !

Puissent-elles, enfin, allumer quelque étincelle de colère et de haine contre des responsables qu’on connaît par leurs noms propres (si on peut s’exprimer ainsi), et surtout contre le régime d’écrasement méthodique qui suscite tant d’abominations à la face du ciel.