La Gartempe Était-ce l’harmonie...

Jean Blanzat, La Gartempe, Gallimard, 1957, p. 80-81.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Etait-ce l’harmonie du lieu ? Le vallon étroit mais ouvert en aval par la longue fuite de la rivière, semblait le cœur du pays, l’image résumée de ses aspects.

Dès l’entrée de la prairie, la voix de l’écluse s’élevait. Elle changeait à chaque pas ; on la traversait, on en sortait comme de rayons et d’ombres invisibles. Elle passait dans la poitrine et la vie prenait soudain une saveur plus douce, vague et rêveuse.

Au centre de tout, événement permanent, dramatique, la chute de l’eau sur la digue. Là, enfin on rencontrait le regard de la Gartempe.

Mathilde, Ludovic ou Henri s’absorbaient un moment dans la contemplation, fascinés ; puis l’un ou l’autre remontait sur la rive.

Jean Blanzat, La Gartempe (Était-ce l’harmonie...)
© Éditions Gallimard
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L’œuvre et le territoire

Réel personnage du roman, la rivière se dote dans cet extrait d’une voix et d’un regard qui fascine et force la contemplation de ceux qui la regarde.

À propos de La Gartempe

Mathilde et son mari ont été laissés par la guerre et l’exode dans un village au cœur de la campagne limousine. Ils y restent, à la fois séduits et enlisés. Un autre « replié », Ludovic, vit non loin d’eux, et comme eux il se perd dans cette solitude terrienne qui ramène sans cesse l’âme à son angoisse.
Épris d’une jeune paysanne inaccessible, Ludovic tente inconsciemment de transporter l’amour vrai dans l’amour faux. Il cède à l’attirance sensuelle de Mathilde. Celle-ci aime son mari. Pourtant, elle s’abandonne, poussée par une inquiétude sensuelle qu’exaspère le sentiment de la mort partout présente ici, dans la luxuriance de l’été comme dans la stérilité de l’hiver. L’impitoyable vérité de la nature contraint les amants à reconnaître leur mensonge.
[...]
Cette durée, cette autre vie qui emporte la nôtre en lui restant indifférente, une rivière — réelle — la personnifie : La Gartempe, où tout se reflète et se mesure à l’éternité.

(Gallimard)

Localisation

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