L’Argent du ciel Est-ce que tu as entendu parler du parachutage...

Panazô, L’Argent du ciel, Lucien Souny, 1987, p. 36 et 45-46.

© Lucien Souny

Est-ce que tu as entendu parler du parachutage au début de la semaine sur la lande de Bramevache ?
– Non... Non, non, Françoise, non...
– Nous, on n’a rien vu, on n’a même pas entendu les avions, mais des gars du maquis sont passés le lendemain. Ils avaient bien récupéré toutes les armes, mais ils n’ont pas retrouvé le container rempli de billets de banque, ni le parachute, d’ailleurs. Et ils soupçonnaient les Bignaud, enfin les Tâtechèvre. D’abord, parce que c’est la ferme la plus près de la lande de Bramevache et aussi parce que ce n’est pas la première fois que la Résistance a eu affaire avec eux ; le marché noir, la batteuse, t’en as bien entendu parler...

[...]

Un jour de septembre 1943, à la saison des pommes de terre, Tâtechèvre-le-père eut une surprise. Il s’était levé à deux heures du matin, s’était taillé un bol de soupe arrosé d’un bon verre de vin et s’était décidé à aller tirer un peu de fumier de brebis. Il ouvrit la porte de la cuisine et, en refermant, au dehors, il remarqua un bout de papier rectangulaire collé au-dessus de la serrure. Il alluma sa lampe électrique et put déchiffrer sur le coin gauche de la feuille : « ARMÉE NATIONALE DES FRANCS TIREURS ET PARTISANS ». « Ah ! ceux-là, les saligauds, encore eux ?... » Il jeta un coup d’œil circulaire sur la cour pour s’assurer que personne n’était là à l’épier avant de décoller le papier fraîchement posé. Il revint à l’intérieur de la cuisine, ralluma la lumière et put lire :

Service préfectoral du Maquis
à M. Léonard Bignaud

Monsieur,

Je suis informé que mes services ont été saisis de plaintes déposées contre vous.
On vous reproche de vendre vos produits à des prix excessifs incompatibles avec les nécessités de l’heure.
Je vous ordonne de ne pas dépasser les prix suivants :
Pommes de terre, 4F le kilo – Beurre, 80 F le kilo – Porc, 2 500 F le quintal – Lard, 80 F le kilo – Œufs, 36 F la douzaine.

J’espère fermement que vous ne me mettrez pas dans l’obligation de sévir contre vous.
Considérez la présente comme le premier et dernier avertissement que je vous donne.

Le préfet du Maquis

Ce texte imprimé portait un cachet « République Française » et était signé à la main : G. Guingouin.

Panazô, L’Argent du ciel (Est-ce que tu as entendu parler du parachutage...)
© Lucien Souny

L’œuvre et le territoire

Afin de limiter la hausse des prix liée au marché noir, la Résistance, à travers Georges Guingouin, rappelle à l’ordre, par le biais d’« arrêtés », la famille Bignaud, qui plus est soupçonnée d’avoir volé l’un des containers parachuté au dessus des landes limousines pour ravitailler le maquis.

À propos de L’Argent du ciel

Avec L’Argent du ciel, Panazô, enraciné dans le terroir, nous entraîne dans son village limousin à l’heure allemande.

Nous sommes à Lestrugeas en novembre 1943. La vie se noue, se dénoue au rythme du marché noir, des réquisitions, des dénonciations et des règlements de comptes. Pourtant la Résistance s’organise et l’on part, selon, pour le S.T.O ou pour le maquis...

Le soir, l’accordéon mène la valse des bals clandestins et le grenier des granges limousines protège les amours coupables. Tout cela, sous le regard sombre et désabusé de Jean-Pierre Madrange, le feuillardier. Solitaire, avec son chat pour unique compagnon, celui que l’on appelle « Piarou l’éborgné » est pourtant le seul, à Lestrugeas, à savoir où est passé... l’argent du ciel !

(Lucien Souny)

Localisation

Également dans L’Argent du ciel