La Jeunesse de Théophile Entre la rue des Pommes...

Marcel Jouhandeau, La Jeunesse de Théophile in Chaminadour : contes, nouvelles et récits, Gallimard, collection « Quarto », 2006, p. 91.

© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

Entre la rue des Pommes et une cour pourrie de boucherie, — la chambre d’une petite fille qui accouche : elle a voulu être religieuse.

Un taureau à face et mains humaines, son mari, le Centaure éternel, la regarde faire, étendue sur une couverture verte et fleurie comme les prés. Ainsi tel matin de juillet 1888.

« Elle fait un évêque », dit le père. La grand’mère veut que ce soit mâle ; tante Ursule qu’il ait la figure bien conditionnée. De quart d’heure en quart d’heure, les voisines passent la tête dans le guichet et font un signe d’encouragement à la malheureuse.

Indiscrètes, toutes ont dit : « Est-ce un garçon ? Est-ce une fille ?
– C’est un évêque », répond le boucher en souriant.
Elles sourient.

Monsieur le Curé vient pour le petit baptême et dit : « Un ange lui a circoncis les lèvres, ou c’est le baiser de Dieu sur sa bouche qui l’a blessé. Osculetur me osculo oris sui. »
Marie se tait.
Il manque un morceau de lèvre à la figure de son fils.

Les ennemis de Brinchanteau diront que l’avarice de Brinchanteau se reconnaît là, — et les petits garçons du quartier qui ne savent pas parler encore s’exercent à le faire pour crier bientôt de bons « bec-de-lièvre » sur le chemin du nouveau-né.

Marcel Jouhandeau, La Jeunesse de Théophile (Entre la rue des Pommes...)
© Éditions Gallimard
Tous les droits d’auteur de cette œuvre sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de l’œuvre autre que la consultation individuelle et privée est interdite.

L’œuvre et le territoire

Marcel Jouhandeau utilise son propre lieu de naissance, la boucherie de ses parents, pour faire naître Théophile, qui situe cet extrait dans la rue des Pommes correspondant à l’emplacement actuel de la rue de l’Ancienne-Mairie à Guéret.
N’oubliant aucun détail, l’auteur donne également à Théophile le « bec-de-lièvre » qu’il avait lui-même à sa naissance.

À propos de La Jeunesse de Théophile

La Jeunesse de Théophile est le récit romancé de l’enfance de Marcel Jouhandeau passée à Guéret. La boucherie accapare les parents de Théophile qui sont obligés de confier l’éducation de leur fils à sa tante Ursule, femme fidèle aux principes religieux. Elle l’initie au monde des églises et le jeune Théophile sera envoûté par ces lieux qu’il trouve riches et séduisants telle une scène de théâtre. Deux autres femmes dévotes auront un rôle dans cette initiation religieuse : Jeanne, une jeune carmélite, et Madame Alban, qui veut faire du jeune Théophile son prêtre personnel.

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