La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France Enfin, la décision...

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France, Payot, 1938, p. 55-56.

© Éditions Payot & Rivages

Enfin, la décision devint définitive. Au cours de la matinée du 8, les troupes se rassemblent dans le désordre et le bruit sous les lazzis et les sarcasmes des soldats de la première brigade.

La cohorte s’ébranle, sans ordre, par paquets et s’engage sur la route G. C. N° 7, se dirigeant vers le nord et se proposant d’atteindre Felletin.

Mais en cours de route, le général Lochvitski et son état-major, qui avaient suivi les hommes, ont encore suffisamment d’autorité sur eux pour les faire arrêter avant la limite du camp.

C’est ainsi qu’arrivée aux abords du hameau de Maindrin, à huit kilomètres à vol d’oiseau de La Courtine, la troupe consent à bivouaquer. [...]

Maindrin, qui comptait quelques feux seulement au temps où la vie y régnait, n’a plus que des maisons en ruines, dans lesquelles les vieilles poutres sont ramassées pour construire des cagnas.

Pierre Poitevin, La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France (Enfin, la décision...)
© Éditions Payot & Rivages

L’œuvre et le territoire

À La Courtine ne stationnent pas que des soldats ralliés à la cause du communisme. La 3e brigade est composée de militaires majoritairement loyalistes, tandis que la 1re comporte l’essentiel des « Russes rouges ». Pierre Poitevin évoque ici le départ des loyalistes vers Felletin.

L’historien contemporain Pascal Plas nuance les écrits de Poitevin, en précisant que le contingent en partance pour Felletin ne l’a pas fait volontairement mais a été éloigné sur ordre de l’état-major, et que des éléments de la 1re brigade ont aussi intégré ce convoi, tout comme des soldats de la 3e sont restés au camp.

Dans son roman Y a pas d’bon Dieu, Jean Anglade évoque également cette séquence du départ des « lâcheurs de la 3e brigade » :

[...] les sept mille hommes de la 3e brigade se mirent en route avec leurs bagages, leur armement, leurs chevaux, leurs chèvres, leurs chiens, leur ourse Miarka, leurs tambours, leurs mandolines. [...] Ils prirent le chemin de Grande Communication n°7 qui, par Boucheresse, devait les conduire à Felletin, commune de maçons, de tapissiers et de tailleurs de diamants.

Jean Anglade, Y a pas d’bon Dieu, Presses de la Cité, 1993, p. 131.

À propos de La Mutinerie de La Courtine : les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France

Le « reportage historique » de Pierre Poitevin sur la mutinerie de La Courtine est dans un premier temps publié en cinq épisodes dans la revue Le Limousin de Paris. En 1934, les articles sont réunis en une brochure, Une bataille au centre de la France en 1917, largement diffusée en Limousin. La recherche est inédite en ce qu’elle s’appuie sur de nombreuses sources — en particulier l’expérience du journaliste local Gabriel Cluzelaud, présent sur le site au moment des faits — et divers témoignages (desquels les Russes sont néanmoins exclus). L’auteur présente son récit comme impartial, objectif et aussi exact que possible, et nuance notamment les exactions attribuées aux Russes.

La parution de ces écrits suscite toutefois une polémique, Pierre Poitevin étant accusé de souscrire à la version officielle de l’armée française en n’évaluant le nombre de morts qu’à une dizaine. Elle s’inscrit dans la tension qui anime les différents commentateurs de l’époque qui ne parviennent pas à s’accorder sur un bilan, en cela aidés par la classification des archives militaires.

Pierre Poitevin transforme son récit en un ouvrage publié en 1938, enrichi de nouvelles sources (dont celles du Musée de la Guerre de Vincennes, qui lui permettent d’intégrer des témoignages de la partie russe). Si plusieurs de ses affirmations sont aujourd’hui discutées, l’ouvrage de Pierre Poitevin constitue probablement la première référence de qualité sur le sujet.

Sans perdre sa vocation historique, avec le temps, le récit de Poitevin a acquis une dimension sensible et éminemment littéraire.

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